Du "non" au traité constitutionnel aux objecteurs de croissance

Par François PLASSARD
Le peuple français était par sa contestation de l’ordre établi lors de la Révolution de 1789, en avant garde des mouvements sociaux qui ont transformé l’Histoire. Est-il aujourd’hui après son vote du « non » au Traité Constitutionnel Européen à l’avant-garde ou à la traîne de la mutation de nos sociétés industrialisées de marché ?
Si nous considérons nos sociétés comme des « êtres collectifs », évoluant comme des processus vivants, alors elles ne font pas que grandir et grossir, elles se transforment en franchissant des seuils !
La Révolution française de 1789 a été un de ces seuils. Elle a focalisé tous les regards de l’Europe, la région du Monde la plus densément peuplée au 18e siècle. Elle a pris l’allure de la face émergée d’un iceberg que l’on peut associer à un mouvement de métamorphose, de transformation des regards que l’homme porte sur lui-même et sur sa manière de faire société. On peut alors parler de Mutation.More...
Les valeurs Liberté et Egalité ont résumé à merveille le nouveau contrat social écrit par et pour le peuple en 1789, afin de rompre avec la Monarchie. Nous montrerons dans cet essais comment les mots Liberté et Egalité nous permettent de rendre intelligible toute l’histoire économique de nos sociétés industrialisées, de la Révolution française à nos jours.
Le 29 mai 2005 un « évènement rupture » considéré par les élites comme le signe d’une révolte* ou d’une révolution, a mis fin a un processus de construction politique européenne, considéré par tous les leaders et les partis de droite comme de gauche, comme une marche naturelle de l’Histoire. L’ampleur de la mobilisation électorale et la victoire radicale du « non », a surpris tous les observateurs français et étrangers. Tandis que l’Etat, relayé par la plupart des médias, des leaders d’opinion et des grands partis politiques français, faisait une campagne pour le « oui », les rencontres au sein de la société civile se multipliaient et les textes sur le Traité Constitutionnel Européen battaient des records de vente en librairie.
La France n’avait pas connu une telle libération de la parole de manière spontanée et informelle au plus proche du citoyen, et un taux d’abstention aussi bas, depuis longtemps.
Pour les partisans du « Oui » défenseurs de la géopolitique du commerce international dans laquelle ils veulent inscrire l’Europe en position de « gagnant », le Non était un « désastre », une « sonnette d’alarme », un « tremblement de terre politique », la porte ouverte au Chaos.
Le « Non », ne pourrait-il pas au contraire être interprété comme l’expression visible d’une aspiration à réouvrir des marges de manœuvre, des espaces de liberté, autant de ressources pour un autre projet collectif ? Le non à l’économisme, ne serait-il pas un oui à une Europe qui nous ferait sortir de la société de marché et de son imaginaire, pour nous permettre d’inventer une société « avec » un marché remis à sa juste place ?
Depuis 2005 ce mouvement de contestation a pris d’autres formes au sein de la société civile. Celle de la contestation du credo de la croissance au sein des élites devant nous sortir de tous nos maux. On avait connu les objecteurs de conscience, voici venir les « objecteurs de croissance » qui appellent à une révolution des consciences !
Au moment de la préparation des présidentielles en 2007, le clivage traditionnel droite – gauche des appareils politiques s’en trouve perturbé renforcé par ce que Matthias Leridon appelle « 1995-2005 : le naufrage des élites » Pour 76 % des français interrogés par la Sofres en 2006, les intérêts des élites sont opposés aux leurs.
En écho au non du Traité Constitutionnel européen est-ce le « non » du refus d’un DETERMINISME, celui de la globalisation des marchés et de la Finance, de la marchandisation de notre temps et de notre espace ?
Peut-il être considéré (comme en 1789) comme la face émergée ou apparente de l’iceberg d’une métamorphose sociale en cours que nous ne savons pas comprendre ?
Tel est le thème de cet essai qui questionne la métamorphose en cours, les évènements ruptures n’étant que les signes témoins de mutations profondes que nous ne savons pas encore déchiffrer dans leur globalité.
La première partie sera de montrer à quel point la crise sociale avec ses précarités, inégalités à grandes échelles, éclatement des temps de vie et des territoires, nourrit la vague profonde du refus.
Mais depuis 1789 nous avons vécu de nombreuses autres « surchauffes sociales » contestataires de l’ordre établi. La révolution française de 1848 vit une explosion sociale sur le thème « les inégalités, la précarité, çà suffit ! » avec trois mille morts sur les barricades à Paris. La crise des années 1930 où les peuples européens réclamaient dans la rue « du pain et du travail » en a été un exemple plus proche de nous.
Chaque fois il fallut une réponse politique à l’affrontement entre ghettos des riches et ghettos des pauvres. La force, la répression, le contrôle et les prisons, viennent comme propositions premières. Le « il faut nettoyer les banlieues » proposé par l’architecte Haussman en 1848 avait pour écho celui de Victor Hugo « faites des maisons, pas des prisons ! » Puis le débat contradictoire amène les Grands Chantiers (pour relancer la demande du marché) parfois prolongées par la guerre. Dans tous les cas aussi des programmes massifs consacrés à l’éducation citoyenne (de l’école de Jules Ferry à l’éducation populaire) pour réconcilier les hommes.
Mais toutes les solutions politiques trouvées pour juguler la violence collective furent de promettre aux pauvres de rattraper la richesse des riches ! Le mot « développement » inventé en 1947 par le président américain Truman au sortir de la grande guerre et des colonisations s’inscrivit dans cette même promesse.
Or à l’aube du troisième millénaire, une crise écologique sans précédent vient remettre en cause la longue ascension de trois siècles d’un Capitalisme de Marché censé proposer, par la croissance et l’absence de frontières pour les biens, les travailleurs et les capitaux, le chemin de la richesse matérielle pour tous.
En même temps la croissance démographique à l’échelle planétaire, avec le poids de la Chine et de l’Inde, repose les conditions du partage de ressources devenues rares. Le Bonheur Intérieur Brut (BIB) ne peut plus être celui du Produit Intérieur Brut (PIB) . Ce sera à notre deuxième partie d’en débattre montrant les limites des solutions du passé appliquées aux crises sociales.
Parce que la crise écologique nous fait revisiter les principes de régulation de nos violences collectives, ni la fuite, ni la guerre, ni la puissance pour la puissance, formes élaborées de nos mythologies du sacrifice et du salut qui ont imprégné nos sociétés de marché, ne sont plus possibles si nous voulons échapper à la barbarie.
La crise écologique nous renvoie à nous même, à notre rapport à l’autre, pour reconsidérer notre rapport au collectif. La crise écologique interroge nos responsabilités d’humains dans une petite planète à partager que nous ne quitterons pas avant longtemps.
Parce que les « valeurs » prennent provisoirement la place laissée libre par toute crise sur les fondements en période de transition, cet essai propose de s’en servir comme d’autant de repères, révélateurs de la métamorphose à l’œuvre.
Nous avons mis 10 000 ans pour faire de la « LIBERTE et de l’EGALITE », avec leur aléas, les figures de proues des sociétés sédentaires.
Est-ce que la valeur « FRATERNITE », héritage de trois millions d’années d’histoire de peuples premiers ou « peuples racines », fonctionnant sur les principes anthropologiques du don et de la réciprocité, peut nous apprendre à changer la vie en changeant de vie ? Comment l’imaginer concrètement ? …En attendant de nouveaux fondements pour faire émerger un nouveau contrat social ?
Alors sera venu le temps d’écrire, hors de l’empressement, avec les peuples européens non pas un Traité mais une véritable Constitution.
François PLASSARD, auteur de « La vie rurale, enjeu écologique et de société » (voir « Tous les livres »)
Vient de paraitre : Fraternite Equité Liberte Questionnement sur une métamorphose
Parce que chacune de ces trois valeurs exprime une sensibilité particulière sur ce qui fonde l’envie de vivre ensemble, l’auteur Francois Plassard s’en sert pour relire l’histoire des échanges entre les hommes. Il fait le pari de l’inversion de la priorité de ces trois valeurs au sein d’un processus de métamorphose pour relever le défi des ruptures sociales, écologiques, monétaires à venir.
192 pages de lecture agréable et stimulante où l’auteur ingénieur en agriculture et docteur en économie, répond aux questions posées par Florence Julion éducatrice en environnement, dialogues questionnant l’humain, la vie et l’économie. Ed. Paradigme Commande directe chez l’auteur possible 16 euros : fplassar@club-internet.fr

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