Le nb de chasseurs baisse chaque année en France: la fin d'un lobby hyperpuissant ?

En finir avec la chasse en France : le nombre de chasseurs s’effondre, et c’est tant mieux

Avatar de Armand Farrachi

Par , Ecrivain, auteur de LES POULES PREFERENT LES CAGES (Ed. Yves MICHEL)

LE PLUS. L’opposition entre chasseurs et anti n’est pas nouvelle. Entre défense d’une tradition séculaire d’un côté, et accusation de cruauté animale de l’autre, les arguments ne manquent pas dans les deux camps. Notre contributeur fait partie de la seconde catégorie et dénonce le lobby des chasseurs.

Édité par Akhillé Aercke

Le jour de l’ouverture de la chasse, dans un village du Nord-Pas-de-Calais, en septembre 2012 (P. HUGUEN/AFP)

 Pour se donner de l’importance, la grenouille de La Fontaine voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Les chasseurs français ont eux aussi adopté la stratégie de l’enflure.
Ils étaient environ 2.400.000 en 1975, deux fois moins vers 2010. On doit en compter à peu près 900.000 aujourd’hui. Ainsi, malgré des efforts constants pour arrêter une perte régulière de 2 à 3% par an depuis 40 ans, (endoctrinement dans les écoles, chasse accompagnée, “simplification” de la chasse, gratuité du permis, etc…), nos Tartarins représentent à peine 1,5% de la population.
Sur le plan électoral, face au “bœuf” de l’emploi, de la retraite ou du pouvoir d’achat, la “grenouille” chasse ne peut plus compter que sur l’illusion.
Les chasseurs falsifient-ils leur nombre ?
Ce poids plume ne les empêche pas de peser comme du plomb sur “la classe politique”, pour qui les désirs des chasseurs sont des ordres. Le groupe chasse est un des plus nombreux de l’Assemblée nationale.
Il faut des pages pour lister les cadeaux que les élus leur font chaque année [1]. Tout le Sénat, issu d’un “terroir” de plus en plus fantasmatique, défend “la tradition” d’une Saint Barthélemy de la faune sauvage providentielle et conviviale. Chômeurs, handicapés ou mal-logés ne pourront pas en dire autant.
Depuis plusieurs années, pour maintenir leur influence, les porteurs de fusil ont tout fait pour gonfler artificiellement leurs effectifs, en particulier en comptabilisant plusieurs inscriptions comme plusieurs individus, beaucoup s’inscrivant dans plusieurs départements [2], ce qui augmente aussi, précisons-le, la redevance perçue par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) [3].
L’ex-ministre “de l’Écologie”, Roselyne Bachelot considérait que “le drame serait que le nombre de chasseurs passe à moins d’un million“. Cette barre étant à présent franchie, reconnaissons qu’en matière de “drames”, on en voit de pires.
Le nombre de chasseurs baisse tous les ans
Les données sont désormais secrètes et l’Office ne les fournit même plus aux journalistes. Les chiffres et les arguments spécieux (marketing du “greenwashing”) étant repris sans vérification, le mensonge peut faire autorité. Mais le roi est nu. Les intéressés eux-mêmes s’inquiètent de voir “l’opacité régner” sur la question de leur nombre [4]. Ce secret a tout d’un aveu : la chasse s’effondre.
On comprend que les chasseurs, qui sont un lobby, défendent leur corporation, même au prix d’un mensonge de plus [5]. On comprend moins qu’un organisme d’Etat, l’ONCFS, se conduise comme un groupe de pression, et préfère le silence à la vérité.
Sa direction (comme celle de l’ONF pour les forêts) est d’ailleurs souvent en opposition marquée avec ses agents. N’est-ce pas la preuve que l’office est dirigé non comme un “gestionnaire” de la faune au service du bien public mais bel et bien comme un instrument politique ?
L’hémorragie est d’ailleurs logique : les espaces naturels diminuent, la plupart des espèces sauvages sont menacées, l’opinion n’admet plus que la violence soit notre seul rapport avec les animaux. La moyenne d’âge des chasseurs fait qu’il en meurt chaque année plus qu’il n’en naît, et les jeunes préfèrent s’amuser autrement qu’en tuant des chevreuils.
Les chasseurs constituent un lobby très puissant
Le pouvoir, de droite ou de gauche, a toujours favorisé la violence contre les animaux, par indifférence à cette question autant que par clientélisme (chasse, corrida, élevage concentrationnaire, cirques, grands prédateurs, expérimentation, j’en passe…).
Si les politiques voulaient enfin sortir de l’autisme, ils seraient donc bien inspirés de ne pas accréditer une fiction en accordant à la cynégécratie plus d’importance qu’elle n’en a, et d’admettre que cette activité fossile, la chasse-loisir, joue un rôle entièrement négatif.
Elle pervertit le jeu démocratique, qu’elle gâche nos promenades, qu’elle a ruiné les équilibres naturels par l’élimination des prédateurs et les lâchers de “gibier” d’élevage, dans le seul but de prolonger l’exercice d’une pratique que tout condamne, sauf la loi.
Les ennemis de la chasse, soit quand même près de la moitié des Français, n’auront donc plus qu’à souhaiter à cette activité de finir comme la grenouille qui voulait être un bœuf : “La chétive pécore / s’enfla si bien qu’elle creva”.
[1] cf in Pour en finir avec la chasse, G. Charollois (éd. IMHO)
 [2] et  [4] Voir cet article de “Plaisir de la chasse” n°707 de mai 2011

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