Préserver la qualité d’humanité

Allo, l’humanité ? Où es-tu ?

La qualité d’humanité

Au fil de ma vie, de mon implication sociale depuis mon adolescence, de mon expérience professionnelle, il m’apparaît qu’un enjeu qui en inclut bien d’autres se situe autour de notre qualité d’humanité : savons-nous encore être et vivre de façon pleinement humaine ? Ou bien plions-nous la tête sous le joug de la chosification (la réification) ?

Etre humain… ou juste une chose ?

  • La pression à tout chosifier s’est emparée de notre corps : celui-ci n’est vu que comme une machine et un outil pour stimuler la consommation. Dès la gestation, la grossesse, qui sont désormais conçues comme des maladies, la technomédecine se jette sur le corps de la femme et sur le fœtus, prétendant tout contrôler, en dépit de l’avis de la future mère ; celle-ci n’a qu’à se taire et subir tout le « monitoring », les médicaments, les examens intrusifs, jusqu’au déclenchement artificiel de l’accouchement, au cocktail médicamenteux, à la césarienne de plus en plus fréquente. Demandez leur témoignage à celles qui ont tenté de vivre leur grossesse et leur accouchement comme elles le voulaient : c’est une vraie guerre. Où es tu, notre humanité, là-dedans ? Elle est portée vaillamment par quelques sages-femmes contre vents et marées de règlements, d’assurances exorbitantes, de pressions économiques immenses, de domination masculine par les médecins ; elles tentent d’accompagner les futurs parents avec humanité: pour combien de temps encore ? Je soutiens ces sages-femmes ? J’écoute et je respecte mon corps.

Puis tout au long de notre vie, il est très difficile d’éviter les intrusions de la pharmacie dans notre corps ; la santé publique est devenue un vaste marché (plus de 1 000 milliards d’€ de chiffre d’affaires annuel) dont l’appétit financier à court terme passe loin avant les besoins des personnes : les populations sont vues en créneaux commerciaux ; les moins rentables sont laissés pour compte : c’est une immense violence. Et les dominants de s’outrer quand de rares patients explosent dans un cabinet médical ou un hôpital, quand des personnes courageuses refusent de se plier… Où est la prise en compte des besoins de la personne ? Où es-tu, l’humanité ? Disparue. Je prends ma santé en mains au quotidien, par une bonne hygiène de vie et en utilisant les plantes.

  • Quand notre rythme de vie est devenu infernal, au travail mais aussi depuis l’enfance, à l’école, et du lever au coucher, avec d’innombrables injonctions qui nous parviennent désormais via la technologie intrusive très bien organisée : nous sommes cernés. Ceux qui tirent les ficelles de cette bataille se moquent éperdument des personnes qu’elles asservissent : « Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres, depuis longtemps leurs dés avaient été jetés, dès que la main retombe, il ne reste qu’une ombre…* ». Le résultat est que les humains sont traités désormais comme du bétail, il n’y a qu’à voir les barrières métalliques au travers desquelles on nous fait circuler, les puçages, les fichages nombreux imposés… Or la façon des humains de traiter le bétail est annonciatrice de celle de traiter les humains eux-mêmes, l’histoire est riche en exemples : nous sommes au bord du précipice. Où es-tu, l’humanité ? Heureusement, un réveil de conscience se développe chez certains d’entre nous pour valoriser, respecter la dignité, y compris vis-à-vis des animaux et du règne végétal : un peu d’humanité dans ce monde de brutes… J’y participe de toute mon âme.
  • Cette immense tyrannie de l’économie néolibérale exige toujours plus de travail, de soumission de notre part, elle nous enserre dans toujours plus de règlements, lesquels favorisent toujours les plus riches et les dominants : où es-tu, l’humanité ? De quoi oublier la beauté de la vie… Je contribue à la création de nouveaux circuits économiques, à de nouvelles visions de l’économie.
  • Cette tyrannie a envahi notre culture : tout doit pouvoir être comptabilisé, même les arts… Les algorithmes doivent tout régenter : quelle arrogance et quelle folie prométhéenne ! De quoi nourrir jusqu’à l’infini les prétentions de l’ego, de l’orgueil ; de quoi oublier l’humilité. Où es-tu, l’humanité ? Je soutiens la culture gratuite et/ou en spectacle vivant.
  • Quand l’avidité, la cupidité, sont tellement encouragées qu’elles conduisent beaucoup de personnes à se gaver quitte à piétiner autrui et au mépris de l’environnement qu’elles laissent nageant dans des mers de plastique, mais où es-tu, l’humanité ? J’agis avec mesure, sobriété et sens des responsabilités au quotidien.
  • Quand les dominants nous obligent à gober leur catéchisme matérialiste et leurs fake-news, comme ils gavent des oies, quelle violence… Avez-vous déjà vu gaver des oies ? Mais où es-tu, l’humanité ? Je vérifie les informations en contrôlant d’où elles émanent.
  • Quand je vois tant de gens écervelés, surtout nos jeunes, par l’industrie du divertissement, qui ne leur laisse aucun répit, qui est une ronde infernale comme les jeux du cirque romains, mais où es-tu, l’humanité ? Je pratique le silence régulièrement.
  • Quand une ambiance de violence est sciemment organisée pour faire régner la terreur, afin que chacun.e reste bien sage dans son trou en se disant que peut-être lui ou elle sera épargné.e, en absence totale d’empathie et de solidarité, quand l’Etat français pratique une répression immense sur des manifestants, quand toute notre société est si blindée de police, mais où es-tu, l’humanité ? Je développe des relations humaines authentiques et solidaires.
  • Quand tant de jeunes ne voient que d’autre issue à ce monde clos et barricadé que de se suicider, quand le désespoir gagne du terrain chaque jour dans un monde vide de sens et de perspective, mais où es-tu, l’humanité ? Je crée du sens à chacun de mes actes et aussi pour les autres.
  • Quand la propagande est si omniprésente pour nous faire peur, nous empêcher sous de fallacieux prétextes de nous toucher les uns les autres, mais où es-tu, l’humanité ? Je cultive la tendresse, l’écoute, l’accueil inconditionnel, le temps partagé sans objectif, l’être, tout simplement,
  • Quand les dominants s’emploient très efficacement à coups d’aliments sucrés et autres drogues douces ou dures à nous couper de nos sensations afin qu’on ne sache plus qui on est, et qu’on soit réduits à de tristes rôles de consommateurs normalisés qui se déversent dans les supermarchés et dans les bouches de métro comme de la pâte à crêpes, mais où es-tu, l’humanité ? Je vis sobrement et je reprends la maîtrise de mon temps de vivre.
  • Quand de prétendus scientifiques pratiquent l’expérimentation animale en torturant des animaux sans les anesthésier puis en les jetant à la poubelle, j’interroge : où es-tu, l’humanité ? Je boycotte les produits ayant utilisé ces pratiques.
  • Quand des fonctionnaires zélés viennent harceler d’honnêtes paysans pour faire appliquer des règlements édictés par et pour de gros exploitants, au point de les pousser à la déprime ou à la faillite, où es-tu, l’humanité ? J’achète mes aliments auprès de paysans biologiques.
  • Quand de si nombreuses personnes gaspillent des ressources, jettent des déchets sans conscience, lesquels s’entassent sur notre tête, où es-tu, l’humanité ? Je suis attentif à ma gestion des ressources et au recyclage de mes déchets.
  • Quand des petits rois tyrans, malades mentaux, envoient leurs armées à la guerre, dans lesquelles les civils sont les plus touchés, les femmes violées et les enfants tués ou blessés durablement, « et tout ça pour rien, et tout ça pour rien**… », où es-tu, l’humanité ? Je suis objecteur de conscience et je m’oppose à la guerre et aux ventes d’armes.

Force est de constater que la qualité d’humanité est de plus en plus menacée…

Sous tout ce fatras, ce vacarme bien contrôlé, dans certaines failles, sous les radars, dans quelques zones encore non colonisées, à certains instants de doute ou de seuils dépassés, parfois une étincelle demeure, vacille, crépite et peut allumer un petit feu au milieu de l’obscurité. Dans un regard, y compris dans celui d’un animal, dans une main qui se donne sans condition, dans un chant venu du centre de la terre, par une danse au soleil couchant, dans le vent qui voudrait tant éveiller notre âme,   l’humanité reste vivante. Je mets toute ma ferveur à la nourrir…

Comme tu es rabougrie, l’humanité, comme tu as pris des coups ; eh bien, d’où tu viens ?! et pourtant tu es toujours vivante, vibrante, je m’émerveille. Je t’accueille dans mon cœur, comme le dernier trésor qui vaille.

Je reste engagé de tout mon être pour porter la qualité d’humanité.

Yves MICHEL ymichel@wanadoo.fr  3 novembre 2018

(*) Nuit et brouillard / Jean Ferrat

(**) Giroflé, girofla / Yves Montant

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