Vivre mieux et en meilleure santé dans l’espace digital: un enjeu de société

Nous créons en permanence l’expérience que nous faisons de la vie et notre santé

Cela semble ridicule à dire tellement c’est évident, mais nous créons en permanence l’expérience que nous faisons de la vie et notre santé. Nous sommes beaucoup moins les simples récepteurs de la réalité qui nous entoure que les créateurs de la réalité que nous vivons, que nous percevons, de laquelle nous jouissons ou que nous pensons subir.
Nous sommes ce que nous faisons, nous sommes ce que nous mangeons, ce que nous pensons, comment nous nous tenons, nous sommes notre relation aux autres et à nous-mêmes, mais surtout, nous sommes en fonction de ce que nous faisons et de ce que nous ne faisons pas. Faire quelque chose de bon pour nous et notre santé améliore notre qualité de vie, à l’inverse, arrêter de faire ces choses-là aura un impact négatif direct sur celle-ci.
La qualité de l’expérience que nous faisons de la vie est déterminée par tout cela et nous avons donc un pouvoir sur celle-ci, une capacité d’action. Toutes les études scientifiques, les neurosciences actuellement, mais pas que, nous montrent cette relation de cause à effet (pour avoir des références bibliographiques précises voir le livre).

Le comportement ayant le plus grand impact sur l’expérience que nous faisons du monde est la consommation d’écran.

Aujourd’hui, le comportement ayant le plus grand impact sur l’expérience que nous faisons du monde, mais aussi sur l’ensemble du tissu social est aussi, bien évidemment, celui qui est le plus généralisé, aussi bien au niveau particulier, personnel, que collectif et social : il s’agit de la consommation d’écran et notamment de smartphone.
Une consommation massive d’écran, plus de 6h en moyenne pour les jeunes adultes, est devenu un comportement normal et que nous considérons généralement comme neutre.
Nous sommes en permanence attirés par nos écrans, la vie qui nous entoure perd de son attrait et eux gagnent notre attention, notre engagement. Cela n’est pas neutre, l’impact sur notre qualité de vie, l’expérience que nous faisons de la vie, notre rapport aux autres, à notre famille, à nos amis, à notre conjoint sont hautement impactés.

Le nombre de suicides a augmenté de 31% aux USA.

Un simple exemple parmi un florilège (voir le livre), car jusqu’à notre architecture cérébrale est estropiée par la consommation que nous faisons actuellement des écrans : selon les études scientifiques, un jeune sur quatre fait une consommation d’écran qui est «systématiquement associée à la dépression, à l’anxiété, à l’insomnie, à une augmentation du stress perçu et à un faible niveau de réussite scolaire. Dans l’ensemble, les personnes atteintes ont un risque accru de mauvaise santé mentale, d’avoir un bien-être et un fonctionnement quotidien de mauvaise qualité ». En cinq ans, le nombre de suicides a augmenté de 31% aux USA et l’exposition aux écrans et réseaux sociaux est largement corrélée à cette évolution. Les enfants ou adolescents passant plus de 5h devant les écrans, c’est-à-dire dans la fourchette habituelle de consommation d’écran, ont 71% de risque en plus d’avoir des malaises psychologiques pouvant pousser au suicide ou à une tentative de suicide.
Tout cela est logique, évident et à très largement été étudié par les scientifiques, aussi bien dans le domaine de la médecine et des neurosciences, que des sciences sociales, de la psychologie ou de la psychologie sociale.

La manipulation de nos réflèxes le plus primitifs pour des raisons économiques

Si les écrans tiennent une place de plus en plus grande dans notre quotidien et si nous sommes de plus en plus attirés par ceux-ci ce n’est pas le fruit d’un hasard. Les géants du net sont parmi les plus grands investisseurs en recherche et développement au monde. Les cinq plus importants font un investissement plus grand dans le domaine de la recherche qu’un pays comme la France. Or leur but n’est pas de rendre le monde meilleur, mais plus simplement de gagner encore plus d’argent, voire de rompre toutes les barrières qui peuvent se présenter à eux ou les limiter, passant outre société civile, gouvernements et législations. C’est ce que permettra un engagement toujours plus grand des gens dans le monde virtuel tel qu’imaginé avec Metaverse et pour lequel 10 milliards de dollars ont été investis en 2021.
Pour atteindre leur but, ces géants doivent nous pousser à plus d’engagement sur les écrans, ils doivent pousser à la consommation de leurs produits numériques. Tout est permis pour cela et la manipulation de nos réflexes les plus primitifs pour y arriver est devenue quelque chose de normal.

Une addiction liée à l’évolution

Le procédé est simple : notre cerveau s’est développé très lentement au cours de l’évolution et les parties liées aux besoins les plus primaires ont priorité et sont plus rapides que les parties du cerveau qui se sont développées ultérieurement, celles liées à la rationalisation, à la volonté, à la planification consciente de nos actions, par exemple. Ces entreprises du numérique s’ingénient donc à stimuler ce qu’il y a de plus primaire en nous, pour nous pousser à avoir les réflexes de consommation qui leurs conviennent. Pour cela ils font de nombreuses études en imagerie cérébrale, en neuromarketing, en économie comportementale et des essais pratiques sur le terrain.
La masse de personnes qui les utilisent quotidiennement permet aux géants du net de faire des expériences réelles à des échelles qu’aucun scientifique lié au domaine public ne peut même imaginer, l’efficacité des résultats de leurs recherches et leur capacité de manipulation est inégalée dans l’histoire de l’humanité.
Ils arrivent à passer outre notre capacité de conscientisation et de rationalisation, à tel point qu’eux-mêmes, les propres créateurs de la manipulation, sont incapables de résister aux outils et aux rouages qu’ils ont créés. L’un des seuls moyens qu’ils ont pour limiter leur consommation est tout simplement de ne pas utiliser les outils qu’ils ont créés, de limiter drastiquement leur accès aux écrans, mais aussi celui de leurs enfants, afin que ceux-ci puissent avoir un développement normal. La manipulation qu’ils créent est si efficicace qu’ils se voient dans l’obligation de mettre en place les outils de planification décrits dans notre livre.

Des solutions pratiques existent

Pourtant tout ceci n’est pas rédhibitoire, une fois connus les mécanismes qui nous poussent à l’inconscience des écrans, qui nous poussent à ce que ceux-ci accaparent le plus grand nombre de nos heures d’éveil et à nous éloigner de la réalité qui nous entoure, nous pouvons agir, reprendre les rênes de notre vie, de notre bonheur, retrouver la possibilité d’avoir le choix sur la qualité de l’expérience que nous souhaitons faire et que nous faisons de la vie ici et maintenant. C’est très simple, et des outils pratiques faciles à mettre en place existent (voir le livre). Bref, et cela semble ridicule à dire tellement c’est évident, mais il nous suffit de créer en permanence l’expérience que nous faisons de la vie en étant conscient, en choisissant ce que nous faisons, ce que nous mangeons, ce que nous pensons, comment nous nous tenons, comment nous nous comportons…

Lionel Joly CHARRASSE

Lionel Joly Charrasse, titulaire d’un doctorat à l’université Paris-Sorbonne, est directeur de recherche depuis plus de 20 ans dans divers organismes publics et privés. Actuellement il travaille dans le domaine de la sociolinguistique à l’Académie de la langue basque et à l’Université du Pays Basque. Il a publié des dizaines d’articles dans des revues spécialisées et a participé à la rédaction de divers ouvrages dans plusieurs langues.

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