Débat sur l'émission monétaire- J.M.Harribey (ATTAC) / A.J. Holbecq

Cher Jean-Marie Harribey,
N’étant pas inscrit sur les listes d’échange d’Attac, je rends quelques amis également destinataires de ce courriel, en espérant que vous ou eux pourront transférer ma réponse sur les listes “local”, “orientation”, “talk” et “discutez”
Vous avez émis, à l’attention de ces listes, une critique concernant notre dernier livre ” La dette publique une affaire rentable Editions Yves Michel. C’est tout à fait  légitime.
Je me permets de simplement répondre ici en quelques mots, mais je souhaite d’abord rappeler que je n’ai nullement l’intention de me comparer à des professionnels de l’enseignement universitaire ; j’essaye seulement, en tant qu’amateur, d’apporter moi aussi  ma pierre à l’édifice anticapitaliste dans la dernière ligne droite de ma vie. D’ailleurs j’ai eu besoin, tout au long de ce livre des analyses de ceux qui sont de vrais professionnels et que je cite : entre autres D. Plihon, D. Clerc, M.Allais, et vous évidemment (p.108)

Vous dites « Tout ce qui est juste dans ce livre (et il y a des choses justes) figure dans tous les livres d’économie et est exprimé de façon aussi pédagogique. Je pense notamment au mécanisme basique de création monétaire qui est expliqué partout. »
Certes, mais qui lit les manuels d’économie universitaires, hélas ? Quel pourcentage des gens que vous interrogez dans votre entourage ont compris l’origine de la monnaie,  du crédit et de la dette? Combien pensent encore que les banquiers ne peuvent prêter que des épargnes existantes ou des financements des Banques Centrales (ou pire, des États), que ce sont les dépôts qui permettent les crédits ou pire qu’il n’y a d’autre monnaie que celle existante qui circule de plus en plus vite, donnant « l’illusion » de sa multiplication?
Même des gens ayant travaillé de longues années dans la banque, comme  Paul Jorion par exemple (dont le blog est un des plus lus actuellement) ne veuLent pas admettre le principe de la création monétaire par les banques, jouant sur les mots monnaie et reconnaissance de dette, mais en plus considérant que les banques ne peuvent prêter qu’une épargne préalable et que la monnaie bancaire n’est pas de la monnaie.
(voir, par exemple : « La dimensionnalité de la monnaie – Reconnaissance de dette et monnaie »  https://www.pauljorion.com/blog/?p=3076,
et « Argent et reconnaissance de dette  : de faux jumeaux » https://www.pauljorion.com/blog/?p=1289 , ou https://www.pauljorion.com/blog/?p=2908#comment-27754 ) .
D’autre part Jorion ne veut pas trop entendre parler des universitaires qui, selon lui, se trompent dans leur explications de la « soi disant création monétaire par le système bancaire » (les crédits font les dépôts) et préfère penser que c’est Helmut Creutz qui a raison (« Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz » : https://www.pauljorion.com/blog/?p=1135 )
J’ai trouvé le même raisonnement par exemple chez Dominique Reynié, pourtant professeur des Universités en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris (qu’on voit souvent à « C’est dans l’air » ) et sur le blog du journaliste bien connu à Bruxelles, Jean Quatremer. Et vous savez bien que même certains banquiers tiennent le même.
Tous sont d’importants relais d’opinion. Alors, n’y a-t-il pas un gros travail d’explication et de vulgarisation à faire dans toutes les catégories de la société, y compris les politiques, les journalistes et les intellectuels ?

Pire à nos yeux : dans tous ces livres économie, nous n’avons nulle part trouvé de critique au droit de création monétaire par le privé, ou qui pose la question de la légitimité de ce « droit ».
Mais encore pire ! Aucun ne semble soulever actuellement la thèse et la question que nous soulevons dans ce livre : pourquoi l’État est t-il obligé à payer l’intérêt à ces banques privées, directement ou indirectement, pour son propre financement ?
C’est donc ce point qui nous a semblé central à expliquer.
Les intérêts de la dette, c’est 120 millions d’euros par jour ! Et malgré les 1300 milliards d’euros d’intérêts que nous avons payés depuis janvier 1973 (article 25 de la loi du 3 janvier), nous devons toujours 1300 milliards d’euros de capital, ce qui prouve bien que les comptes recettes/dépenses des administrations publiques seraient globalement sur ce long terme en équilibre s’il n’y avait pas nécessité de financement de la dette publique auprès du privé.
Sommes nous dans une situation « logique » lorsque les banques commerciales financent par création monétaire des titres de la dette publique qu’elles peuvent ensuite mettre en pension auprès de la Banque Centrale, alors que cette même Banque Centrale ne peut elle, émettre des titres de dette publique ni prêter directement aux États? Ne faut-il pas dénoncer ce fait ?
Quand nous avons utilisé le terme « ex nihilo » nous avons bien précisé que cette création était bien néanmoins « sous garanties » (p.40) et nous expliquons correctement, je crois,  le fait que cette création est toujours décidée (devrait toujours être décidée) sur la foi d’une anticipation d’un acte productif qui suivra le crédit et de garanties acceptées par le banquier et sur la demande du secteur non bancaire (p.42).
Par contre, nous nous opposons à l’acceptation de l’idée globalement admise que cet acte productif ayant pour conséquence une plus-value, intérêts étant considérés comme  une partie de cette plus value, ceux-ci doivent être versés aux créateurs privés de monnaie. A notre sens, c’est la collectivité dans sa totalité qui doit toucher ce bénéfice de la monétisation d’actifs ou de potentialité d’actif.
Ces deux points (dette publique et revenus de seigneuriage), nous amènent à dire que TOUTE la monnaie doit être créée par la collectivité (via une Banque Centrale lui appartenant), qui en touchera ainsi les fruits. Le problème de la justification des intérêts des épargnes préalables étant un autre sujet dans lequel nous ne sommes pas rentré car il mérite un autre débat.
La citation exacte et complète de Bernard Maris est : « … la monnaie est détachée de tout support matériel, on peut créer de la monnaie à l’infini » (p. 53). Oui, la limite est donnée par le système productif et la quantité de monnaie n’est pas extensible à l’infini. Aurions-nous sous entendu l’inverse ? Cette citation de Bernard Maris est évidemment à relier à ce qui précède immédiatement, où il explique que « la vraie garantie de la création monétaire c’est l’anticipation de l’activité économique ». Qui plus est, si Bernard Maris utilise ce mot « à l’infini » c’est pour marquer les esprits, c’est une « image ».
Nous avons écrit « Le montant des intérêts, qui n’est jamais créé avec le capital, place la population mondiale dans la situation où le montant global de sa dette est supérieur à la masse monétaire disponible » et je maintiens… mais peut être la formulation n’est t’elle pas la meilleure possible, je le reconnais. Au temps T0, la masse monétaire corresponds (au passif des banques) au montant des créances (à l’actif des banques)… mais au temps T+1, il faudra bien rembourser capital et intérêts … d’où vient la monnaie représentant les intérêts? Il est vrai que « si  je perçois mon salaire à la fin du mois (en monnaie), je ne dois rien à personne. Si je le dépose à ma banque, c’est la banque qui me le doit »… mais cette monnaie n’a-t-elle pas à l’origine de son origine, été créée par le crédit ? Et ne faudra t-il pas un moment que le bénéficiaire du crédit la rembourse, avec intérêt ? Et ces intérêts, qui vont les créer si ce n’est les banques commerciales à l’occasion d’un autre crédit « en plus, quelque part » ? Voilà ce que nous voulions dire.
Vous rajoutez : « Tout développement économique (qu’il soit productiviste ou au contraire qualitatif), donc toute « accumulation » exige un financement. Et, à l’échelle macro-économique, il faut une création monétaire. Alors que, sur un plan micro-économique, un raisonnement à partir de l’épargne préalable suffit. Donc la dette n’est pas un mal en soi. »
Avons-nous dit le contraire ? Nous disons seulement que la création monétaire ne doit pas avoir pour origine une création « privée » même réglementée. Mais nous disons surtout que ce sont les intérêts payés au privé par les administrations publiques qui n’ont plu d’autres sources de financement qui posent problème. Est-ce donc si « logique » que personne ne soulève même plus ce sujet ?
Vous écrivez : « Ce qui fait problème, c’est la structure de la dette (pour faire quoi ?) et c’est la nature sociale de ses créanciers. Il va de soi que ce sont les riches, et leurs institutions financières, qui détiennent la majorité des bons du Trésor. Le problème est donc de savoir qui leur paiera des intérêts et qui leur remboursera leur capital. Si la fiscalité est très progressive, aucun problème : les riches paieront aux riches. Si la fiscalité est injuste, les pauvres paieront aux riches. Donc, première mesure à prendre pour limiter les inconvénients de la dette publique : réforme radicale de la fiscalité. »
Tout à fait d’accord avec le débat nécessaire sur la structure de la dette. Par contre, la régulation de la dette publique par la fiscalité est une demi-mesure. Aucune dette publique ne doit être due au privé, mais elles doivent l’être à la collectivité. Comme la BdF est une entreprise publique, se payer des intérêts à soi même n’a pas de sens. Si on considère le cas de la BCE qui serait prêteur (hypothèse de refonte des Traités) , la BdF détenant environ 20% de la part en euro de la BCE, il ne faudrait pas que la part des crédits consentis à la France par la BCE dépasse 20% de la part de l’ensemble des crédits consentis à l’ensemble des pays de l’eurozone..
Vous terminez en écrivant : « Si les gouvernements hésitent à réformer la fiscalité, ils n’ont plus d’autre solution pour alléger la dette que de laisser filer l’inflation ou promouvoir une croissance astronomique à un taux plus élevé que le taux d’intérêt. Dans les deux cas, des inconvénients en vue. Depuis l’éclatement de la crise financière, les dettes publiques s’envolent. Il n’y aura pas d’autres solutions durables que de faire payer la crise à ses fautifs. »
A notre avis les gouvernements ont une autre solution pour alléger la dette : C’est de financer le renouvellement nécessaire des emprunts par la BdF ou la BCE à chaque échéance de dette. En 10 ans (moyenne des maturités ?) le problème serait réglé : il nous resterait une dette à nous-mêmes, non productive d’intérêts, et c’est plusieurs dizaines de millions d’euros d’intérêts par jour que nous éviterions de payer aux déjà plus riches (120 millions par jours actuellement). Ceci n’empêche évidemment pas une réforme nécessaire de la fiscalité que j’approuve à 100%.
Ce livre – avec ses erreurs et ses imprécisions – n’a jamais eu d’autre prétention que de rappeler au citoyen “ordinaire” quelques vérités sur la création monétaire et son corollaire,  la dette publique. Notre seul vœu est que ce débat puisse envahir l’espace public et je ne doute pas qu’Attac s’y emploiera également avec toute sa force.
En attendant, pouvez-vous, Jean-Marie, nous aider sur notre nouveau wiki  https://monnaie.wikispaces.com/  (ou https://www.detteetmonnaie.fr/ ) a expliquer aux lecteurs ce qu’est la monnaie et comment elle est créée, et les conséquences sur la dette publique. Vos interventions seraient les bienvenues.
Avec mes salutations respectueuses,
A-J Holbecq, co-auteur avec Philippe Derudder, de LA DETTE PUBLIQUE, UNE AFFAIRE RENTABLE.

Pas de réponses

  1. Yannick dit :

    Salut c'est Yannick je suis étudiant à l'université de Kinshasa et je suis très interessé par ton blog. Je veux vous soumettre une préoccupation en rapport avec l'impact des émissions des billets à valeur faciale élévée dans une économie sous developpée. votre contribution me permettra de mettre sur pied un travail académique. Merci

  2. Eh bien Yannick, je vous écoute et m'efforcerai de répondre rapidement
    Cordialement
    A-J Holbecq

  3. mévellec dit :

    il me paraît important de signaler après Pierre Aunac qui l'a mis à jour, comme moyen discret de faire de la création monétaire y compris au sein de l'UE dans l'état actuel des traités ( à vérifier): le "circuit du Trésor" qui a fonctionné pendant les 30 glorieuses : ainsi la banque de l'état qu'est le trésor pratiquait la création monétaire secondaire, sans besoin de la Banque de France, sur la base des comptes courants que chaque fonctionnaire pouvait avoir pour recevoir son salaire.Ce sytème de démultiplication monétaire comptable semble avoir bien profité à la forte croissance de l'économie de l'après guerre. On doit sa fin au Président G d'Estaing en 1973…

  4. @mévellec
    Oui, tout à fait.
    Lire: http://fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&amp
    Tout à été fait, sciemment, pour que l'État (et les collectivités locales) n'aient plus qu'un seul moyen de financement: le marché monétaire, dont bien évidemment, à l'origine, toute la monnaie est créée par les banques.
    Voir notre nouveau site: http://monnaie.wikispaces.com (ou, renvoi auto: http://www.detteetmonnaie.fr )

  5. Bonjour,
    @Mévellec
    Non seulement il y avait les personnes qui avaient leur compte courant au Trésor Public, mais aussi l'ensemble des comptes à la poste qui à l'époque étaient transférés au Trésor. Tout ces mécanismes qui permettaient à l'Etat de disposer d'une trésorerie plus souple et lui évitait d'avoir à emprunter ont disparu grâce à une volonté politique forte sans jamais que cette volonté ait fait l'objet d'un débat public. La "privatisation" de la monnaie s'est faite dans le dos du peuple.
    Mais le pire sans doute est qu'à ce jour, malgré l'actualité qui devrait inciter à redonner la gouvernance et création monétaires au public, tout est fait pour noyer le poisson et mettre sous respirateur articiel le système dont on sait pourtant qu'il est lui-même le problème.
    Cordialement
    Philippe Derudder

  6. Bruno Lemaire dit :

    Je partage évidemment à 98% les conclusions de Philippe et d'André-Jacques (au machiavélisme près de nos divers gouvernants: c'est plus de l'incurie ou du populisme je pense), et l'article de André-Jacques est une merveille de clarté, ainsi que ses commentaires et ceux de Philippe.
    Faire comprendre au "citoyen ordinaire" les tenants et aboutissants de la création monétaire n'est pas une mince affaire, même si de trop nombreux universitaires, pourtant réputés ou prétendus à gauche, ou de gauche, semblent vouloir garder cette connaissance pour eux: il faut bien défendre son statut, on fait partie de l'élite, n'est-ce pas …
    Bravo,
    Bruno Lemaire, Docteur ès sciences économiques, Professeur, HEC Paris.

  7. Daniel dit :

    Bonjour,
    Depuis 2 jours je me renseigne sur cette affaire d'émission monétaire par des banques privées, mais il y a un point pour lequel je n'arrive pas à trouver de réponse, si les banques ont ce pouvoir "magique" et illimité qu'est l'émission monétaire, comment certaines d'entre elles ont-elles pu faire faillite au lendemain de la crise? Et par suite devoir être renflouées par l'état?
    Merci

  8. Bonjour Daniel,
    Il y a en fait 2 réponses à votre question que "se" pose d'ailleurs André Chaîneau dans son livre: " pourquoi les banques qui créent de la monnaie n'achètent-elles pas tous les actifs générateurs de revenus?"
    et il se répond:
    " La réponse est simple. La réglementation bancaire exclut leurs paiements de facteurs de production, leurs investissements personnels, et les prises de participation dans les entreprises. Ainsi la monétisation d'un immeuble qu'elles achèteraient est interdite. Les banquiers en fait ne monétisent que les devises et les crédits"
    Ceci dit, ce qui est interdit n'est pas toujours pour autant suivi: la loi peut être contournée.
    Mais j'ai une seconde réponse qui se comprend mieux (j'espère) en lisant http://monnaie.wikispaces.com/F.A.Q.
    ( Comment une banque devient insolvable ? ): une banque doit quand même équilibrer son bilan.
    Si une banque devient son propre prêteur, la créance sur elle même s'annule à son bilan, et ne reste plus qu'une augmentation de son passif (lequel nécessiterait en plus l'acquisition un certain pourcentage de monnaie centrale).
    Dit autrement: les banques peuvent certes créer de la monnaie gagée sur des anticipations, bidon ou non, portant sur l'évolution de l'économie en général ou d'un secteur en particulier (les banques ont le pouvoir de dire oui à une demande de crédit venant du secteur non bancaire). Mais ces créances doivent provenir de l'extérieur (éventuellement d'autres banques, mais ceci reste à voir) mais sûrement pas d'elles-mêmes. Elles ne peuvent pas s'accorder à elles-mêmes du crédit sur leurs propres créances (même si le phénomène des titrisations était proche de cette manipulation, puisqu'elles faisaient disparaître des créances de leur propre bilan, ce qui est une façon plus ou moins subtile de modifier la valeur de leur bilan).
    J'espère avoir répondu le plus clairement possible à votre question. N'hésitez pas à parcourir toutes les pages de http://monnaie.wikispaces.com … je pense que vous trouverez beaucoup de réponses à vos éventuelles questions. Mais c'était une très bonne question, et il est possible que je revienne dessus avec plus de précision dans les temps qui viennent.
    André-Jacques HOLBECQ, auteur de plusieurs titres présentés sur ce blog.

  9. Même si je suis en gros d'accord avec la réponse d'AJ Holbecq, je reste quand même partagé.
    Il se fonde sur la position d'André Chaîneau qui dit que la réglementation interdit aux banques de monétiser leurs achats.
    Par Ailleurs Jean Bayard nous dit que les banques monétisent leurs dépenses et démonétisent leurs recettes, ce qui revient à dire que, effectivement, les banques créent la monnaie pour acquérir des actif pour compte propre.
    Je ne connais pas personnellement la règlement à ce sujet et si dans les faits elle est respectée. Mais même si les banques monétisent leurs acquisitions, cela peut quand même les conduire à la faillite car cela se répercute dans leurs besoins en monnaie centrale. Si une banque achète un bien 100.000 euros à une personne dont le compte est à l'extérieur de cette banque, ces 100.000 euros, à l'origine monnaie scripturale, vont se transformer en un besoin supplémentaire de 100.000 euros monnaie centrale, puisque la banque du vendeur ne peut être payée qu'en monnaie centrale.
    Certes la banque peut se refinancer en apportant en garantie l'actif qu'elle vient d'acquérir, mais plus la banque va jouer à ce jeu plus elle va se fragiliser car en fin de compte toute acquisition est faite en monnaie centrale.
    Si à ce moment là, la valeur des actifs qu'elle détient et qui lui on permis de se refinancer au fur et à mesure s'effondre… Elle est dans une situation qui peut la conduire à la faillite
    Et c'est bien cela qui s'est passé, acquisition pour compte propre ou non. La valeur et la fiabilité des actifs des banques se sont effondrées ce qui a complètement déséquibré leur bilan et les a mis en position de cessation de paiement faute de pouvoir se refinancer, d'où la nécessité de renflouement par le biais des banques centrales et des Etats.
    Une autre façon de dire les choses serait :
    Les banques ne pourraient pas faire faillite si elles étaient toutes fondées en une seule. Elles pourraient même acheter tous les actifs qu'elles veulent. Tant que les déposants n'utilisent pas leur dépot ou tant que les transactions se font entre clients de la même banque – en d'autre termes tant que la monnaie reste à l'intérieur de la même banque, on est dans un simple jeu d'écritures internes à la banque. Dans ce cas elle n'a pas besoin de monnaie centrale (exception faite toutefois de l'obligation de réserve obligatoire et en admettant que les déposants ne demandent pas de monnaie fiduciaire, ce qui limite quand même les choses). L'acquisition des actifs par monétisation de ces actifs serait sans incidence puisque l'actif et le passif de LA banque unique resteraient équilibrés. Mais comme on est dans un système de banques (au pluriel) et que les banques se règlent entre elles en monnaie centrale et non en monnaie scripturale, toute acquisition d'une banque pour compte propre se traduit par un besoin équivalent en monnaie centrale qu'elle ne crée pas mais doit se fournir soit sur le marché inter bancaire soit auprès de la banque centrale..
    Je ne sais pas si j'ai été clair et si cela complète bien la réponse d'André Jacques.
    Bonne journée
    Philippe Derudder

  10. Re
    J'approuve également totalement la réponse de Philippe et en particulier ce qui suit sa phrase " Une autre façon de dire les choses serait :"
    Je voudrais rajouter que les banques sont aussi tenues par les ratio de solvabilité dont la définition est : Rapport prudentiel imposé par les règles dites de "Bâle 2 " aux banques, entre leurs fonds propres et montant de leurs prêts (affectés de coefficients suivant la qualité de ceux-ci). Il est imposé aux banques de disposer de fonds propres d'au moins 8% des prêts qu'elles font (ce qui corresponds à un ratio de solvabilité de l'inverse de 8%, soit 12,5).
    Pour en savoir plus: http://www.fimarkets.com/pages/ratio_solvabilite_

  11. Responsable web dit :

    Auteur : de Boisgrollier Patrice
    Bonjour, Cette affaire concernant la création monétaire par les banques commerciales qui perçoivent ainsi des intérêts sur de l'argent créé est pour le moins stupéfiante. J'ai une question concernant ce mécanisme de création d'argent à travers le crédit : Est ce que tous les crédits accordés par les banques commerciales se font avec création monétaire ou est ce que ce sont seulement une partie des crédits ? Dit autrement est ce qu'il arrive qu'une banque commerciale fasse crédit en prêtant de l'argent existant (même si celui ci a été créé lors d'un crédit antérieur) et que, de temps à autre, quand il n'y a plus suffisamment d'argent existant à prêter elle créé l'argent ex nihilo ? Si oui sait-on quel est la proportion de crédits donnant lieu à une création monétaire de ceux utilisant l'argent existant (même si celui-ci a été créé à l'occasion de crédits antérieurs mais sachant que cet argent existant est tout de même devenu entretemps la contrepartie de richesses réelles) ? Merci d'avance pour votre réponse.

  12. Bonjour
    Je me permets de vous renvoyer sur la page http://monnaie.wikispaces.com/Contreparties+de+la… pour l'explication de la conclusion concernant ce qu'on appelle "les contreparties"
    Pour l'année 2007 (la crise qui fait suite fait douter de la pertinence des conclusions qu’on pourrait en tirer si on prenait 2008), la monnaie existante prêtée par le système bancaire est de 42,6% et la monnaie créée directement par le système bancaire est de 57,4% du total des crédits accordés.
    Néanmoins il faut bien comprendre que les banques commerciales sont les seuls créateurs de monnaie "scripturale" (laquelle représente plus de 95% de la monnaie circulante : donc en fait, quasiment tous les crédits ont pour origine "ultime" une création monétaire si on analyse cela sur un laps de temps important.
    Le problème n'est pas en soi la création/ destruction de monnaie à l'occasion de crédits, mais le fait des intérêts que les bénéficiaires des crédits (y compris l'Etat et les collectivités publiques) sont obligés de payer aux créateurs de monnaie, entreprises privées.

  13. Jean-Pierre Z&eacute dit :

    Bonjour aux auteurs et à tous,
    J'ai écouté l'entretient sur natio presse avec retard. Bien mené et très intéressant avec un niveau sérieux qui m'incite à prendre contact.
    Le point non pas essentiel mais significatif et rare est bien que les auteurs ont assimilé la notion du fait que l'état ne peut en aucun cas être comparé à une entreprise, une ville où un ménage. C'est pourtant sur cette base que les mauvais professeurs posent leurs exemples. Je note aussi une absence de naïveté quant à l'ambiguïté et pourquoi ne pas dire le double discours des économistes comme des gouvernants.
    Je suis par contre choqué de cette affirmation "anticapitaliste" qui ne peut tenir que lorsque l'on présente un substitut, disons alors que le mot convenable serait "anti-hyperlibéralisme". Au delà une autre démarche me choque qui est cet objectif de n'avoir pas de dette ! Voilà que l'on retombe dans la vision de la ménagère.
    Une dette est relative, si les autres en ont nous devons en avoir car la dette : c'est du crédit !
    La problématique est alors de voir comment elle est répartie non pas au passif mais à l'actif.
    Il y a là des points de macro-économie qui pêchent à mon sens.
    Je serais heureux de pouvoir échanger plus directement, pour définir une pensée efficace sur ces questions.
    Bien entendu je vais acheter le livre et lire plus avant les éditions Yves Michel que je ne connaissais pas.

  14. Bonjour Jean-Pierre
    Une petite réponse sur le premier point. Chacun de notre coté nous avons présenté des alternatives au "capitalisme" ou à "l'ultra libéralisme" . Philippe Derudder avec par exemple le roman engagé" les aventuriers de l'abondance" (en cours de ré édition je pense), moi avec "Une alternative de société, l'écosociétalisme" , tous deux édités évidemment chez Yves Michel.. Je rajoute la proposition de l'Espace Complémentaire Sociétal ( http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS
    En ce qui concerne la dette, je me suis peut être mal exprimé. L'objectif n'est pas de ne pas avoir de dette, mais il est celui de ne pas devoir payer d'intérêts aux puissances privées qui ont le droit de fabrication monétaire alors que nous nous le sommes refusé à nous mêmes. Une dette (qu'il n'y a l'utilité de rembourser que si la quantité de nouvelle monnaie qu'elle a induite risque de poser des problèmes inflationnistes, et dans ce cas la destruction monétaire alignée sur l'amortissement de l'actif est un moyen "sain") , une dette donc dont l'équilibre comptable représente des actifs utiles ou une augmentation de bien être pour la société n'a aucune espèce d'importance: le "bilan" est équilibré.
    La question est seulement de savoir ce dont nous avons besoin (collectivement à différents niveaux géographiques) , et de savoir ce que nous sommes capables de réaliser (en terme de compétences, d'emplois et de disponibilité matière et énergie renouvelables) : et dans ce cas la monnaie n'est pas un problème car sa quantité est "illimitée" (ne me faites pas dire que nous pensons que pour autant ont peut en créer sans limite)… c'est ce que nous voulons dire tout au long de nos écrits ou conférences, et comme nous l'exprimons ainsi souvent:
    " si une collectivité a :
    1 – un besoin,
    2 – la volonté de le satisfaire,
    3 – les moyens techniques et énergétiques,
    4 – Un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,
    … Pourquoi ne peut-elle réaliser ce besoin par faute de financement ? "
    Il y aurait sans doute beaucoup d'autres choses à écrire ou a dire sur ces sujets.
    Merci de votre attention

  15. fabien dit :

    Enfin des discussions intéressantes, je suis ce qu'on appel un citoyen lambda, qui ne comprends pas grand choses aux systèmes économique mais je suis curieux et m'y intéresse de plus en plus.
    Ce système de création d'argent plus ou moins frauduleux qui existe depuis longtemps dans notre "démocratie" voir dans le monde (Fond Monétaire International, Banque Mondiale, la FED aux USA etc…) est en train de réduire le systèmes des États indépendants en une sorte d'esclavagisme au profits d'intérêts privée ici le monde de la finance, on ne peux nier que cela soit le fait d'une volonté délibérée, avons nous la possibilité de nous sortir de ce système sans avoir à revenir à l'âge de pierre?
    Au plus je lis de documents sur de nombreux sujets aussi divers que la finance, la géopolitique du monde, les stratégies des États sur l'expansionnisme, les guerres,
    leurs causes, leurs conséquences
    et leurs origines, et plus j'ai vraiment le sentiments qu'il y à un truc derrière tous cela pour lequel à notre niveau de citoyen lambda individuel on ne peux pas grand choses.
    Qu'en pensez vous?

  16. A-J Holbecq dit :

    Bonjour Fabien
    Tout ce que nous pouvons faire à notre niveau c'est essayer de comprendre le mieux possible et tenter d'informer autour de nous. C'est à quoi Philippe Derudder et moi-même, mais aussi Yves Michel, nous employons.
    A vous tous, les lecteurs, de faire passer le message
    Cordialement
    A-J Holbecq

  17. Joëlle dit :

    Bonjour à tous,
    Quel blog de qualité ! bravo.
    Le problème est bien posé par les intérêts demandés par les banques.La question n'est même pas le fait que du public paie au privé ou l'inverse. Le problème est que l'argent des intérêts n'existe pas au moment où le prêt est accordé.
    Ce qui veut dire que cet argent va devoir être redemandé à une banque pour exister à un moment donné (puisque seule les banques ont le droit d'émettre de l'argent).
    Ou bien, que la chose créée (maison, entreprise, brevet, ou autre)à financer doit absolument avoir une valeur plus importante au terme du prêt qu'au début. Qu'est-ce-que celà implique ?
    Plusieurs choses:
    1- dans un tel système la spéculation est obligatoire (pour faire monter la valeur du bien en question au fil du temps)
    2- dans un tel système la fameuse "croissance" est obligatoire (il faut fabriquer toujours plus pour rembourser plus)
    3- dans un tel système on est lié à vie au système bancaire car il n'est pas non plus prévu que l'on puisse rembourser un prêt en "nature" (sauf lorsqu'on est en faillite et que le bien est préampté par la banque pour se rembourser. Ce qui n'est pas la perspective la plus réjouissante).
    4- dans un tel système, la croissance de la masse monétaire mondiale est donc, par essence, une fatalité et la dette, publique ou privée, également.
    C'est ce système en circuit fermé qui crée l'appauvrissement de tous au profits de ces quelques uns qui se sont "placés" avantageusement dans la mécanique financière et économique du monde.
    C'est ce système qui détruit notre planète. Car l'homme, pour produire assez de biens en contre-partie de l'argent qu'il doit aux banques (même quand il pense ne rien devoir, il vit avec de l'argent qui provient d'une banque)doit bétonner toujours plus, entreprendre toujours plus, détruire les espèces et les paysages toujours plus, renoncer à la beauté et à la vie toujours plus.
    La question que je me pose chaque jour est "jusqu'à quand allons-nous le tolérer?"
    Des solutions simples existent. Vos livres Philippe et André-Jacques en sont pleins.
    Merci de les avoir écrits.
    La nature nous a tout donné gratuitement, l'argent est une invention de l'homme. Il n'est pas nécessaire à la vie.
    Allons-nous nous en souvenir ?

  18. Rose Michel dit :

    Bonjour,
    Je viens de terminer la lecture de "La dette publique une affaire rentable" qui m'a permis de mieux comprendre ces mécanisme grâce à une approche tout à fait pédagogique.
    Après lecture, sauriez-vous m'indiquer où trouver davantage d'information sur les Espaces Complémentaires Sociétaux et les Entreprises à Mandat Sociétal ?
    Merci !

  19. "Les intérêts de la dette, c’est 120 millions d’euros par jour ! Et malgré les 1300 milliards d’euros d’intérêts que nous avons payés depuis janvier 1973 (article 25 de la loi du 3 janvier), nous devons toujours 1300 milliards d’euros de capital, ce qui prouve bien que les comptes recettes/dépenses des administrations publiques seraient globalement sur ce long terme en équilibre s’il n’y avait pas nécessité de financement de la dette publique auprès du privé."
    Je crois que c'est ce passage qui fait le plus réfléchir de tout l'article !

  20. David dit :

    Bonjour,
    je fais quant à moi partie de ces gens qui pensent que c’est dommage d’appeler du même nom un objet et son ombre, autrement dit d'utiliser le même mot pour décrire la “monnaie” émise par les banques centrales et la “monnaie” émise par les banques commerciales. En effet, comme le remarquent beaucoup de gens, ce sont deux choses qui ne sont pas tout à fait de même nature et n'ont pas tout à fait les mêmes capacités libératoires, comme on dit. Capacité pleine d'une côté, capacité inter-médiée de l'autre.
    Pour autant, accepter l’idée que les banques commerciales créent quelque chose qui est plus proche de l’avoir du boulanger que de la monnaie émise par les banques centrales n’empêche pas de poser la question de la légitimité démocratique de l’émission monétaire. Juste, cela permet de poser la question au bon endroit, de mon point de vue; c’est à dire en laissant les banques commerciales plutôt tranquilles (mais en les règlementant) tout en attaquant le coeur aristocratique du système, à savoir “l’indépendance” des banques centrales; l'impossibilité pour elle de financer l'Etat (ou les Etats) qui leur confère pourtant toute souveraineté au nom d'une division des pouvoirs qui a toutes les apparences d'une captation/privatisation d'un bien public.
    cordialement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.