L'évolution du monde rural: attention !

 Terre à terre Comme presque tous les samedis matin, je suis très interpellé par l’émission de Ruth STEGASSY, « Terre à Terre », sur France Culture… Elle va toujours au fond des choses, et nous pouvons lui en avoir gratitude !

Ce matin, c’était des films documentaires sur le monde agricole, avec  Sophie Audier, réalisatrice de « Les chèvres de ma mère » et Dominique Marchais, réalisateur de « La ligne de partage des eaux« . Il y a peu de semaines, c’était sur le puçage des brebis… Ecoutez les en podcast, ça vaut le coup.

Bleues et pavot Calif Est 1446Tout ça me pousse à partager certaines réflexions avec vous, surtout les citadins, moi qui suis fils de paysan et qui ai passé toute mon adolescence à travailler avec mes parents à la ferme, et à observer la nature; puis je me suis formé à l’agriculture biologique et aux défis environnementaux et de société: et tous ces volets sont intimement mêlés !

Les atteintes faites à notre environnement sont constantes depuis le début du XXe siècle, par petites touches la plupart du temps, donc à bas bruit. Qui les perpétue ? Bien souvent les agriculteurs; poussés par qui ? Par « l’administration française et européenne« , sacralisée; formatée par qui ? Les lobbies des multinationales. Un exemple ? L’obligation faite aux petits producteurs de fromages d’avoir une armoire frigo sur les marchés pour les vendre. Un autre: l’interdiction de la vente des préparations végétales « peu préoccupantes » telles le purin d’ortie (je résume, mais c’est ça). Est-ce que ces préparations menacent davantage notre santé que les immenses masses de pesticides et autres intrans chimiques de l’agriculture ? Je ne le pense pas…

Basiquement, je vois une immense injustice à ce que l’administration ait la prédominance sur les acteurs de terrain que sont les paysans. La connaissance du terrain et des modes de production requiert des connaissances, certes, mais pas uniquement intellectuelles; il en faut de sensibles, il est nécessaire de se « mêler » à la vie de la terre et des animaux. Or si certaines règlementations sont nécessaires, il importe de décider de qui les élabore et au service de qui elles sont faites ! Et là, je pose que notre système agricole européen est en pleine folie ! Et tout ça pour quoi ? Pour vendre davantage de machines agricoles, d’intrans chimiques, et de prêts bancaires!  C’est à dire enrichir les plus riches, qui n’ont aucun souci de la terre, de l’humus ni des paysans qui sont retournés à l’état de servage, mais juste des dividendes qu’ils vont encaisser ! C’est tout un système très bien organisé, dans lequel on trouve d’ailleurs des gens affables, humains souvent, mais pris dans cette matrice… Et derrière on trouve les banques, lesquelles prêtent un argent qu’elles n’ont pas (vous le savez, n’est-ce pas?!) mais exigent de vrais intérêts (qu’il faut compter non pas annuellement comme on le fait couramment, mais au total, au bout des années du prêt !). De quel droit ?

Je fais un parallèle avec ce qui vient de m’arriver ces temps-ci concernant ma santé: une maladie « à bas bruit », c’est à dire sans symptôme apparent ni douleur: une parodontite. On se croit en sécurité, mais on se leurre et le réveil est brutal et parfois irréversible ! Hé bien, il y a assez d’environnementalistes, de paysans éclairés, de journalistes, de lanceurs d’alertes qui ont documenté les dégâts faits à la nature « à bas bruit », c’est établi; et pourtant, l’administration continue d’étendre sa mainmise démente sur l’agriculture, et encourage à travers la PAC la pollution des sols et des eaux, la dégradation des sols en humus, le puçage des animaux, les maladies des agriculteurs, etc. (longue liste). Mais prenons conscience de ces atteintes et réagissons !

De nos jours, beaucoup d’attention est mise à l’aménagement des villes, d’accord, c’est utile. Mais quid des espaces ruraux ? Je vous mets en garde, vous les citadins (et nous tous): les dégâts sont déjà très graves et irréversibles pour beaucoup; attendrez-vous d’être vraiment pris à la gorge pour réagir ? Avoir un cancer ? une terrible autre maladie d’époque ? voir mourir l’un de vos enfants ? Une tension internationale qui bloque nos approvisionnements extérieurs ? Vous faut-il ça pour sortir de votre hébétude et cesser d’aller à la messe au supermarché chaque semaine ?

DSCN1682D’un naturel constructif, je vais lister certaines actions, sans me poser en exemple mais parce que j’aime bien être cohérent avec ma parole, et à compléter:

  1. je cultive quelques légumes, petits fruits et herbes aromatiques autour de ma maison; un tout petit espace, mais c’est déjà ça et ça me donne l’occasion de m’émerveiller de la beauté et de l’intelligence de la nature; j’y apporte bien du compost, je ne retourne pas la terre, je couvre de paille,  aucun produit chimique, etc. toutes les techniques de l’agriculture (ici du jardinage) biologique; je favorise les complémentarités végétales spontanées sauvages. Nous fabriquons plein de choses ainsi: confitures, Komboucha, kéfir, jamais (presque) de plats préparés ni congelés;
  2. j’achète la majeure partie de mon alimentation chez ma voisine maraîchère, mes voisins éleveurs de chèvres, la biocoop que nous avons créée dans notre petit village ( www.eourres.fr – hé oui, c’est possible à qui est motivé !) et le reste dans des circuits courts locaux; je ne vais qu’une fois par an dans un supermarché pour y acheter mes lames de rasoir, c’est ma sortie ethnologique…
  3. je composte tous mes déchets organiques, je trie les autres, et je m’emploie à utiliser le moins possible d’emballages;
  4. je nourris les oiseaux l’hiver, je les observe bien et en connais une centaine d’espèces; je considère les animaux avec respect et empathie, grand enjeu de notre époque s’il en est !
  5. DSCN1235j’ai équipé ma maison en énergies renouvelables autant que possible (mix solaire + bois, bien isolée)
  6. je m’emploie assidument à sensibiliser toutes les personnes que je peux à cette attention, en commençant par mes voisins villageois, dont je fus maire, et où je garde un forte implication sur la gestion de l’eau. Au-delà par mes éditions et en interpellant de temps en temps nos élus déconnectés de la réalité de terrain (ou corrompus dans les cas les plus graves): ainsi, vous trouverez ci-dessous une lettre ouverte que j’adresse au ministre de l’agriculture. J’ai fait le choix d’un lieu de vie avec des gens qui partageaient assez mes valeurs pour qu’on puisse réaliser des choses ensemble: un choix qui a son coût et pas toujours confortable…
  7. etc, etc. N’y a-t-il pas certaines choses dans cette liste, et bien d’autres, que vous pouvez mettre en oeuvre ? Vraiment, notre destin et celui des générations futures en dépend.

Je vous invite à réagir, compléter, critiquer ce billet afin qu’il « batte la campagne », ha ha ha !

Yves MICHEL, citoyen engagé pour une terre vivable, jardinier, éditeur, ancien élu municipal.

Et donc comme promis ci-dessous ma lettre au sinistre de l’agriculture: à reproduire sans limite à vos élus !

 M. le ministre de l’agriculture, où sont vos priorités ?

Lettre ouverte

Monsieur le ministre,

A écouter certaines de vos déclarations, j’avais un certain espoir concernant l’évolution de l’agriculture vers l’agroécologie. Or aujourd’hui, je suis très perplexe ; il y a déjà l’utilisation des pesticides qui ne décroit pas… Mais il y a aussi la situation de l’élevage en France qui me conduit à vous interpeller.

Je viens d’entendre le témoignage de ces deux éleveurs de moutons dans le Tarn, Laurent Larmet et Nathalie Fernandez, interviewés par Ruth Stegassy sur France Culture, dans son émission « Terre à Terre ». Ils racontent comment ils ont été réellement persécutés, le mot me semble approprié, par votre administration tatillonne et zélée, puis privés de leurs aides européennes, parce qu’ils tiennent à mener leur élevage avec des standards de haute qualité et avec humanité. Cet engagement les a amenés à se positionner en citoyens libres et adultes, ce qui a déplu aux représentants de votre administration.

J’en suis profondément choqué, étant moi-même fils de paysan, et citoyen engagé pour des valeurs écologiques. C’est donc sur cette base que je me permets de vous interpeller :

Où sont vos priorités de ministre de l’agriculture ?

Est-ce de soutenir et d’accompagner les agriculteurs qui tentent de produire des aliments sains tout en préservant les sols pour l’avenir ? N’ont-ils pas déjà assez d’obstacles à surmonter pour simplement survivre ? Est-ce de faciliter l’exercice de leur profession d’agriculteurs biologiques, en leur laissant consacrer leur temps à leur travail, ce qu’ils font avec cœur ? Connaissez-vous la pénibilité de ce métier ?

Ou bien de les tracasser de diverses manières afin de les décourager, les pousser à abandonner leur métier voire au suicide, il y en a, hélas… ? Les étouffer sous des montagnes de démarches et des chicanes administratives ?

Est-ce de reconnaître une intelligence et la liberté à des agriculteurs pionniers d’une agriculture durable, celle que vous semblez appeler de vos vœux ?

Ou bien de les considérer comme infantiles et de les mettre sous tutelle par des administratifs qui passent l’essentiel de leur temps dans des bureaux, qui se permettent de décider sans appel de l’avenir des agriculteurs parce qu’ils leur déplaisent ?

Est-ce de maintenir une agriculture de qualité biologique, très peu consommatrice d’intrans, riche de sensibilité humaine, diverse, en faisant confiance à des êtres humains ?

Ou d’imposer un modèle toujours plus technocratique, productiviste, normé, polluant et pollué ? L’imposer à tous, ce qui est le cas ici, relève de pratiques faisant penser à l’ex URSS, c’est-à-dire à un totalitarisme. Les nombreux cas de fraudes alimentaires, dont la célèbre « viande de chevaux malades » en provenance de Roumanie, n’attestent pas d’une grande efficacité de cette démarche. La présence de résidus de pesticides très répandus dans les aliments non plus. Pourquoi votre administration prend elle (presque) toujours des décisions favorables aux lobbies de l’agrochimie, comme concernant les abeilles et les pesticides qui les détruisent, menaçant par là gravement l’avenir de nos sociétés ?

Aussi, monsieur le ministre, je souhaite connaître votre position, en toute clarté, sur l’attitude de votre administration à l’égard de ces éleveurs de moutons et je vous demande de bien vouloir reconsidérer leur situation pour leur accorder les aides financières auxquelles ils ont droit.

Ceci relèverait l’opinion que la plupart des citoyens français, dont moi, ont de leurs élus, donc j’ose espérer que vous aurez à cœur de vous y consacrer. Est-ce que je me trompe ?

Je vous informe que je compte publier votre réponse.

Sur ce, je vous souhaite un agréable printemps, il est temps pour moi d’aller apporter du compost à mes modestes plantations autour de ma maison.

Yves MICHEL, Le Téron Haut, 05300 EOURRES

Ancien maire de cette commune de montagne, Editeur engagé www.yvesmichel.org

LE FOLL mars 2014

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