Manuel Vals a renoncé à créer un ministère des Alpes…

Fin août 2014,  Quand j’ai failli être ministre, par JL.MICHEL

La radio n’en a pas trop parlé, mais je préfère que vous soyez au courant : il y a quelques jours j’ai failli être nommé ministre !

François H, le Président, je ne veux pas citer son nom, il a assez d’ennuis comme ça, avait besoin d’hommes neufs pour des postes vacants au gouvernement. Bien entendu j’avais tout à fait le profil de l’homme neuf. Mais cela ne suffit pas, c’est pourquoi les services du Premier ministre m’ont approché. Ils voulaient vérifier d’autres aspects de ma personnalité. Peut-être même ma moralité, il paraît que ça peut jouer un rôle. Mais là je ne craignais rien, je suis parfaitement moral, vous le savez bien.

Ma personnalité gagne à être connue, ils s’en sont vite aperçus. Je suis d’un naturel débonnaire mais ferme. Je parle plusieurs langues européennes, avec un bon accent. Je fais peu de fautes d’orthographe, je sais même si nécessaire me servir d’un ordinateur, si toutefois un ministre a besoin d’un ordinateur. Je recherche en général le consensus plutôt que la bagarre, ce qui est un bon point dans un gouvernement. Bien sûr c’est d’abord au Premier ministre de veiller à ce genre de choses, mais j’aurais pu l’aider, avec discrétion. Car je suis d’une discrétion à toute épreuve, ça aussi vous le savez bien.

Donc les services ont conclu que ma personnalité ne posait aucun problème. Ils m’ont même découvert des qualités inattendues. Pas de compte en Suisse, là j’avais bien anticipé, je l’avais fermé en mai. Socialiste depuis toujours, et en plus personne ne le savait, impeccable. Je fais honorablement la cuisine. J’ai du bon vin en cave, mais pas trop de grands crus. Je taille ma barbe une fois par semaine. Les journalistes peuvent toujours fouiner, rien, que des défauts mineurs, sur lesquels je n’ai pas à m’étendre ici. J’admets qu’ils ont un peu tiqué sur la télé. Au test, je n’ai pas reconnu certains présentateurs. Mais les principaux, je les ai vus plusieurs fois chez mes parents, Poivre d’Armoir, Jean-Paul Pernod. Ou la Chabal. Ceux-là, rien à craindre, ils ne vont pas me chercher des poux. Je n’ai pas de gros vices, vous le savez parfaitement.

Après, restait la question du poste. Là c’est plus délicat. Le Premier ministre, Manoel V, un ancien portugais paraît-il, voulait me mettre à l’Education, en attendant mieux, pour remplacer ce jeune type du MJS qui partait en vacances alors que c’était justement la rentrée. Mais moi l’Education, non. C’est de l’histoire ancienne. Le professorat ça ne me tentait pas. J’ai connu l’internat, et j’ai été pion un an, ça m’a suffi. J’aime bien les institutrices, mais pas la rentrée ! Elle me rend mélancolique. Autant de points faibles qui m’auraient pénalisé face aux journalistes.

Et puis moi, je rêvais d’être ministre des Alpes. Or il paraît que c’était pas le moment. Pas le moment, mais si ! Il faut sauver les Alpes, c’est urgent ! Ils s’écroulent, l’érosion attaque pire que jamais. Et le ski, le rafting, les Asiatiques, on ne se rend pas compte des dégâts. Qui mieux que moi pouvait faire face à la situation ? Sans me vanter je connais même le Val d’Aoste, les Dolomites, le début de l’Autriche, la Forêt Noire. Quoi, c’est à l’étranger, mais c’est l’Europe, bon sang, les frontières n’existent plus, et je parle leurs langues, comme j’ai déjà dit. Et dans ces pays-là, vous croyez qu’ils ont des ministres des Alpes ? Je suis archi-compétent, c’est tout. Et puis je le mérite, tout simplement, et plus que l’Education, après toutes ces vacances en montagne, y compris sous la pluie comme trop souvent. Quant aux solutions, mais j’en ai des sacs à dos, des bonnes solutions. Redresser les pentes pour l’agriculture, accorder le jodel, aider le sport et la botanique, mettre des pancartes sur les chambres d’hôtes, subventionner le rösti et la raclette. Et les offices du tourisme fermés le dimanche, la pluie en juillet, et encore en août, vous croyez que je pense à quoi, pendant mes randonnées ? Incollable, je suis ! Vous le savez aussi bien que moi.

Bon, mais c’était pas le bon moment politiquement pour créer un ministère des Alpes. Les services ont l’air d’avoir suffisamment de problèmes avec les plaines sans en rajouter. J’ai dit qu’on pouvait augmenter les Alpes, que ça ferait de mal à personne, qu’un peu de relief dans les plaines, ça détendrait l’atmosphère. Mais il paraît que c’est pas aussi simple. J’ai dit que l’érosion, elle ne s’arrête pas, qu’après les montagnes, elle s’attaquerait aux plaines et qu’il ne serait plus temps de pleurer. Pareil pour le loup, le réchauffement et autres. Peine perdue, ils s’en fichent bien, ils raisonnent à court terme, pour la suite ils n’ont pas le temps en ce moment. Mon projet avait de la gueule, ils ont dit, mais je suis trop en avance, voilà. Et ça on ne peut pas dire le contraire, vous le savez comme moi.

Le plus incroyable c’est que jusqu’au dernier moment je ne me suis douté de rien. Les services, eux aussi ils sont discrets. Ils me sondaient sans en avoir l’air. Et qu’est-ce que vous pensez des universités ? Dans les stations de ski, ça fera de la place en ville. Bon, et pour le primaire ? En classe de neige ! Ah oui, bien vu, et les cantines ? Fondue, raclette et tartiflette, et rösti le soir, comme ça toutes les religions sont satisfaites. Et la discipline ? On encorde les sauvageons et voilà. Faut-il supprimer le grec ? Non, on met une annexe au mont Olympe. Les maths sont-elles bien enseignées en France ? Non, la géométrie a besoin de prendre de l’altitude. La géographie ? On ne sait même pas par où est passé Hannibal avec ses éléphants, un comble ! J’avais réponse à tout, vous le voyez bien. Quand j’y repense, j’aurais pu faire ministre des Alpes ET de l’Education, il y a bien d’autres ministères à rallonge. Mais bref, ça ne s’est pas fait.

Et c’est encore mon frère Yves qui m’a mis au parfum. Mon frère Yves il a des dons de voyance, en plus d’autres qualités, sur lesquelles je n’ai pas à m’étendre ici. L’autre soir au téléphone il me dit comme ça, alors ça y est ? Quoi ça y est, je lui réponds. Ils t’ont pris, qu’il me dit ? Qu’est-ce qu’ils m’ont pris, je lui dis ? Ben au gouvernement, t’as pas compris ? Ils te voulaient au gouvernement. Là je tombais des nues, je lui dis t’es pas fou ? Et c’est comme ça qu’il m’a expliqué le pourquoi du comment de toutes ces questions qu’on me posait tout le temps.

Mon frère Yves, c’est un garçon moderne et en plein dans l’mouv. Avec ses antennes et ses accointances partout, il est informé avant tout le monde. Pour la montagne, je le surplombe encore un peu depuis mon huitième à Paris, et pourtant son nichoir à la pointe sud des Alpes, c’est un vrai nid d’aigle. Mais en politique, il est drôlement calé. C’est con, j’en aurais fait un excellent conseiller ministériel !

Jean-Luc MICHEL

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