Réflexions profondes en ce début d'année…

Je vous invite à écouter deux entretiens sur France-Culture en ce tournant d’année; ils me semblent très riches et j’ai la joie de vous les partager !

Le premier s’est déroulé ce jeudi 2 janvier, dans le cadre de la semaine spéciale de LA GRANDE TABLE, à 12h 20, sur le thème Comment refaire Histoire? Le collectif à l’épreuve de l’individualisme.

Le constat est fait depuis longtemps : l’individu a triomphé dans la modernité. Mais ce triomphe s’achève sur un échec : celui du collectif qui peine désormais à se projeter dans l’avenir. Le morcellement des intérêts a fait éclater notre horizon d’attente. Nous avons des droits mais pas de perspective de progrès. La crise nous paraît sans fin car le temps lui-même s’est absenté du monde commun. Comment donc refaire Histoire sans écorner les acquis individuels ?

Aujourd’hui c’est le psychanalyste Jean-Pierre Winter qui répond aux questions de Raphaël Bourgois et d’Antoine Mercier.  Formé à l’École freudienne de Paris par Jacques Lacan, il anime des séminaires de recherches dans le groupe analytique dont il est l’un des fondateurs et l’actuel président : le Mouvement du Coût freudien.

Jean-Pierre WINTER : « L’autonomie a rejoint aujourd’hui le pur et simple narcissisme, ce n’est plus une valeur positive. »

« Il y a au sein de la société un conflit entre les tenants d’une autonomie et d’un égalitarisme toujours plus fort, et ceux qui restent dans la tradition et peut-être aussi dans le bon sens. Il y a peut-être des expériences qui ne méritent pas d’être menées. »

« La pensée est secondarisée au profit du fait que l’individu se soumet à la foule et au jugement de celle-ci. La conséquence c’est que l’invraisemblable n’existe plus. »

Note d’Yves MICHEL: cette intervention valide complètement notre auteur Jean-Claude PAYE, qui a écrit pour nous: L’EMPRISE DE L’IMAGE: DE GUANTANAMO A TARNAC.

Et un autre entretien, surprenant, très fine critique du système capitaliste qui nous gouverne et qui a transformé tout en marchandise, y compris les humains:

Nous devenons tous nègres, avec Achille Mbembe.

Invité : Achille Mbembe, professeur d’Histoire et de science politique  à l’Université de Witwatersrand à Johannesburg (Afrique du Sud) et à Duke University – Département des études romanes  (USA), à propos de son essai Critique de la raison nègre (La Découverte, octobre 2013) 

De tous les humains, le Nègre est le seul dont la chair fut faite marchandise. Au demeurant, le Nègre et la race n’ont jamais fait qu’un dans l’imaginaire des sociétés européennes. Depuis le XVIIIe siècle, ils ont constitué, ensemble, le sous-sol inavoué et souvent nié à partir duquel le projet moderne de connaissance – mais aussi de gouvernement – s’est déployé. La relégation de l’Europe au rang d’une simple province du monde signera-t-elle l’extinction du racisme, avec la dissolution de l’un de ses signifiants majeurs, le Nègre ? Ou au contraire, une fois cette figure historique dissoute, deviendrons-nous tous les Nègres du nouveau racisme que fabriquent à l’échelle planétaire les politiques néolibérales et sécuritaires, les nouvelles guerres d’occupation et de prédation, et les pratiques de zonage ?

Dans cet essai à la fois érudit et iconoclaste, Achille Mbembe engage une réflexion critique indispensable pour répondre à la principale question sur le monde de notre temps : comment penser la différence et la vie, le semblable et le dissemblable ?

Un essai sur l’ histoire de la pensée raciale née dans l’Europe moderne, des débuts de la traite négrière jusqu’à la remise en cause de la position dominante de l’Europe avec la mondialisation néolibérale.

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