Une tribune de 10 associations écologistes après le départ de Nicolas Hulot

La démission de Nicolas Hulot marque le fin de l’espoir en nos gouvernants…

Depuis des décennies, nous, écologistes, avons regardé d’un oeil attentif les démarches des gouvernements successifs; là, c’est vraiment un tournant définitif : les gens au pouvoir ne se cachent plus de ne rien avoir à faire de l’environnement et des ressources, ni actuellement, ni pour les générations futures. Ce sont des pillards sans foi ni loi que celle du fric à court terme. C’est un immense mépris qu’ils nous jettent à la figure, en avouant que le ministère de l’écologie n’était qu’une farce pour l’affichage, et qu’ils sont bien plus empressés envers le MEDEF (11 ministres déplacés) et les chasseurs (réduction du coût du permis de chasse de 50%). Les choses sont claires.

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron lors d\'un meeting au marché de Rungis (Val-de-Marne), le 11 octobre 2017.Ce faisant, ces gouvernants envoient une immense violence à tou.te.s les citoyen.ne.s et envers la nature toute entière; violence qui rejaillira assurément de diverses façons prévisibles et compréhensibles, dont ils portent l’entière responsabilité. Il faut stopper ces bandits. Je vous invite à lire l’éclairage sur la violence de ce livre d’Olivier Labouret : L’EXPLOSION DE LA VIOLENCE.

Agissons de tous côtés : en soutenant les associations écologistes petites et grandes, en mettant toute la pression sur tous nos élus, en soutenant des initiatives telles que la notion de crime contre l’humanité pour écocide, portée par Valérie Cabanes, et toutes celles porteuses d’un monde nouveau, écologique et humain !

Lisez cette tribune de 10 associations écologistes : changer de cap ? Oui, nous aussi… Yves MICHEL

TRIBUNE de 10 associations après la démission Nicolas Hulot. « La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap » : 10 associations écologistes lancent un appel à Emmanuel Macron

La Fondation pour la Nature et l’Homme, Agir pour l’environnement, France nature environnement, Générations futures, Les Amis de la Terre, Réseau sortir du nucléaire, l’Action des citoyens pour le désarmement nucléaire, l’Association pour la protection des animaux sauvages, Virage énergies et la Société nationale de protection de la nature réagissent, jeudi 30 août, à la démission du ministre d’Etat.

Un électrochoc. Mardi 28 août, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a annoncé sa démission. « Je ne veux plus me mentir, je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là et donc je prends la décision de quitter le gouvernement », a-t-il expliqué. Cette décision a fait réagir dix associations écologistes*, qui interpellent Emmanuel Macron, dans une tribune publiée sur franceinfo, sur la nécessité d’un « sursaut » de la politique environnementale de l’exécutif. Elles s’expriment ici librement.


La démission de Nicolas Hulot a surpris par sa soudaineté. Quinze mois durant, l’ancien ministre a buté sur les résistances institutionnelles et des arbitrages politiques trop souvent perdus. L’orientation politique du chef de l’Etat ne laissait que peu de place à une véritable transition écologique et solidaire. Malgré l’ambition affichée du ministre de l’Ecologie, la volonté d’Emmanuel Macron de ménager la chèvre écologique et le chou productiviste n’a pas contribué à créer la condition d’une politique écologique lisible et cohérente.

La superficialité de l’engagement écologique d’Emmanuel Macron implicitement révélée

De la non-interdiction du glyphosate aux multiples décisions favorables à la construction de nouvelles autoroutes, du non-choix en matière de transition énergétique à l’importation d’huile de palme, des ultimes cadeaux faits au lobby de la chasse en passant par le Ceta, la longue liste des petits arrangements et grands renoncements a rythmé l’année ministérielle de Nicolas Hulot. Or, ce dernier a toujours justifié sa présence au sein du gouvernement Philippe par sa volonté tenace de mettre enfin la France sur les rails de la transition écologique.

Nicolas Hulot a constaté, amèrement mais honnêtement, que notre pays a hoqueté, voire régressé, en matière environnementale.

L’utilisation de pesticides continue à augmenter année après année, la biodiversité s’effondre, la part du rail continue sa chute vertigineuse, nos émissions de gaz à effet de serre ont, quant à elles, poursuivi leur sinistre ascension et la part du nucléaire civil demeure inchangée et celle du nucléaire militaire va augmenter de 50%.

Implicitement, le départ du désormais ancien ministre de l’Ecologie révèle la superficialité de l’engagement écologique d’Emmanuel Macron, optant pour une écologie des mots, privilégiant les discours aux actes, espérant que la simple présence de Nicolas Hulot justifierait une politique bien loin de la rupture maintes fois annoncée.

Le symptôme d’une immense incompréhension

Le départ précipité de Nicolas Hulot est l’occasion de requestionner la place du ministre de l’Ecologie dans le dispositif institutionnel. Placé au sommet de l’ordre protocolaire, le ministre de l’Ecologie est sommé de trouver des compromis entre acteurs aux intérêts profondément divergents. Grenelle et autres conférences environnementales n’y ont rien changé. Face au ministère de l’Agriculture, à ceux de l’Economie, de l’Industrie ou de la Défense, face aux lobbies agricoles, nucléaires, à celui du BTP, face à l’orientation libérale du gouvernement Philippe, la marge de manœuvre du ministre de l’Ecologie était étroite, voire inexistante. La notoriété médiatique est insuffisante face aux petits soldats du productivisme, prêts à tout pour préserver leurs acquis. Cette démission est l’occasion de rappeler que l’homme providentiel n’existe pas et qu’un ministre, fût-il déterminé, est et demeure un homme seul. Au regard des tensions que suscite la transition écologique, il est nécessaire de créer et entretenir une mobilisation citoyenne et populaire.

L’heure n’est pas à l’amertume. Au regard des crises écologiques et des menaces qui s’amoncellent, l’urgence commande de ne pas verser dans un défaitisme sans lendemain.

Cette démission est le symptôme d’une immense incompréhension. La transition écologique n’est ni une promenade de santé ni un supplément d’âme pour politiciens sans imagination. Emmanuel Macron aurait tort de mésestimer le symbole que représente cette démission surprise. Faire « comme si » serait la pire des réponses à apporter à Nicolas Hulot. Les crises écologiques qui s’amoncellent n’ont que faire de nos illusions et beaux discours. Ces crises ne disparaîtront pas d’un coup de baguette verte.

L’action n’est plus une option, mais une nécessité

Face aux menaces climatiques, militaires et à l’effondrement des écosystèmes, l’action n’est plus une option mais une nécessité, une urgence, une éthique.

Emmanuel Macron ne peut continuellement aspirer à la synthèse là où nous attendons des choix clairs, ambitieux et pleinement assumés.

En matière écologique, nous ne pouvons plus soutenir l’agriculture biologique et « en même temps » le glyphosate, la sobriété énergétique et « en même temps » le nucléaire, une redynamisation des centres-villes et « en même temps » Europacity et l’artificialisation des terres agricoles, la nécessaire préservation de la biodiversité et « en même temps » la baisse du prix du permis de chasse, la mise en œuvre de la COP21 et « en même temps » la multiplication des projets autoroutiers, les fermes-usines et « en même temps » une agriculture paysanne, le libéralisme et « en même temps » l’écologie.

La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap tout en osant rompre avec la facilité des Trente glorieuses et « cinquante » gaspilleuses. Face aux conservatismes qui s’expriment à tous les niveaux de l’Etat, la démission de Nicolas Hulot appelle un sursaut. Nul doute qu’au lendemain d’une démission qui a tant fait parler, Emmanuel Macron devra faire sien l’aphorisme de Pierre Mendès-France, « gouverner, c’est choisir ».

*Les signataires :

La Fondation pour la Nature et l’Homme

Agir pour l’environnement

France nature environnement

Générations futures

Les Amis de la Terre

Réseau sortir du nucléaire

Action des citoyens pour le désarmement nucléaire

Association pour la protection des animaux sauvages

Virage énergies

Société nationale de protection de la nature

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