Aspartame, l'EFSA est toujours autiste… ou au service des lobbies de l'agroalimentaire ?

COMMUNIQUÉ DE PRESSE du RESEAU ENVIRONNEMENT SANTE – Paris, le 18 février 2013

 Aspartame : l’avis de l’EFSA enfreint les règles de la déontologie de l’expertise et rejette les données scientifiques récentes (cancer, prématurité, troubles cognitifs, effets métaboliques)

Le 8 janvier dernier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu un avis intitulé « draft opinion on the re-evaluation of aspartame (e 951) as a food additive ». Ce rapport intervient après que le Réseau Environnement Santé (RES) ait interpellé à plusieurs reprises la Commission Européenne et l’EFSA pour obtenir une réévaluation de la Dose Journalière Admissible (DJA) de l’aspartame aujourd’hui fixée à 40 mg/kg/j. Mais, bien qu’ayant été à l’origine de la demande de réexamen du dossier aspartame, le RES n’a pas été auditionné lors de cette expertise.

 L’avis émis par le panel EFSA 2013 présente de graves manques aux règles de la déontologie de l’expertise.

– La composition du groupe de travail a peu changé par rapport à celui qui avait rejeté précédemment les études de l’Institut Ramazzini. Plusieurs membres sont en situation de conflits d’intérêts, notamment en raison de leur activité pour l’organisme de lobbying de l’industrie agroalimentaire l’ILSI.
– Aucune audition n’a été organisée. L’industrie a pu fournir des contributions, soit directement soit via un consultant, le groupe Burdock (rapport qualifié de « confidentiel »). L’EFSA a intégré dans sa liste de référence des rapports fournis par l’industrie qui n’ont pas fait l’objet d’une publication dans la littérature scientifique.
– L’EFSA a utilisé, sans le citer, sous forme d’un copier-coller pour certaines parties, l’article de Magnuson, Burdock et al 2007, travail financé par le fabricant d’aspartame Ajinomoto.
– Le rapport n’a pas procédé à une analyse exhaustive de la littérature (par exemple 2 études sur les troubles cognitifs chez l’animal sont citées, une positive récente contre une négative ancienne, alors que 4 autres études positives ont été publiées récemment). 2 études relatant un lien possible avec la fibromyalgie et 1 étude sur le lien avec les tumeurs des voies urinaires ne sont pas citées.
– Le rapport EFSA 2013 considère qu’il n’y a pas de raison de remettre en cause la Dose Journalière Admissible (DJA) de 40 mg/kg/j définie par le précédent rapport EFSA de 2002, au motif qu’il s’agit d’études de longue durée. Il ne prend pas en compte le fait que ces données proviennent d’études non publiées, dont les conditions de réalisation ont été dénoncées comme inacceptables par un rapport de la FDA de 1977, ce qui n’a, à ce jour, pas été réfuté.
– En matière de cancérogénèse, pour ne s’en tenir qu’aux études publiées, comme cela aurait dû être le cas, le rapport fait le choix d’une étude négative, ancienne (Ishii, 1981), menée par le laboratoire d’un fabricant (Ajinomoto) et partielle, car ne portant que sur le cancer du cerveau. Il réfute, pour des raisons de qualité (par exemple accusation d’erreurs de typage des tumeurs), 3 études portant sur l’ensemble des sites de tumeurs, menées par l’Institut Ramazzini, laboratoire de référence au niveau mondial, car possédant une expérience presque cinquantenaire, à la source de la mise en évidence de 49 substances cancérogènes, alors que le laboratoire Ajinomoto n’est pas connu pour avoir produit des résultats similaires, même de façon limitée.
Les données scientifiques de plus en plus nombreuses mettent en cause le rôle de l’aspartame, seul ou en mélange, à partir de données animales et humaines pour des effets du type cancer, prématurité, troubles métaboliques et effets neurologiques à des doses correspondant à celles auxquelles la population humaine est exposée.
– Cancer : les 3 études animales de l’Institut Ramazzini sont confortées par la publication d’une étude mettant en évidence un excès de lymphomes et de leucémies chez les consommateurs de boissons light à partir de l’observation d’une cohorte importante sur plus d’une décennie.
– Prématurité : la consommation de boissons light apparaît liée à la prématurité et au diabète de type 2 sur la base de 3 cohortes de plusieurs dizaines de milliers de femmes.
– Troubles cognitifs et stress oxydant dans le cerveau dans 4 études récentes chez l’animal.
– La conclusion du panel EFSA 2013 : « The Panel concluded that there were no safety concerns at the current ADI of 40 mg/kg bw/day » ne peut être sérieusement soutenue au vu de la littérature actuelle. Sur la base de l’étude de cancérogénèse de l’Institut Ramazzini, confortée par la mise en évidence des cancers chez les consommateurs de boissons light et de l’étude Abdel-Salam sur les troubles cognitifs, la DJA devrait être fixée à 20 µg/kg/j, soit une valeur 2000 fois plus faible que l’actuelle DJA.
L’ensemble des données accumulées au cours des dernières années (données animales et de plus en plus données humaines) conduisent à considérer que l’utilisation de l’aspartame, seul ou avec d’autres édulcorants, représente un risque sanitaire pour la population, en priorité pour la femme enceinte, pour laquelle l’ANSES a rappelé qu’il ne présente pas d’intérêt nutritionnel.

Le RES demande :

– qu’une audition publique soit organisée par le Parlement européen.

– que l’ANSES évalue les données récentes.

En pièce jointe, les commentaires complets du RES sur l’avis du panel EFSA 2013.

 Contacts presse

– André Cicolella, Président et porte-parole du RES, 06 35 57 16 82
– Laurent Chevallier, Responsable de la commission alimentation du RES, 06 30 07 66 26
RÉSEAU ENVIRONNEMENT SANTE – 148 rue faubourg Saint-Denis 75010 Paris
https://www.reseau-environnement-sante.fr

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