Crise financière, Grèce, le point de vue de Frédéric LORDON dans Le Monde Diplomatique

André-Jacques Holbecq, auteur de plusieurs livres chez nos éditions, dont LA DETTE PUBLIQUE, UNE AFFAIRE RENTABLE, et ARGENT, DETTES ET BANQUES, attire notre atention sur le blog de Frédéric LORDON sur Le Monde Diplomatique. en voici un extrait et le lien direct.
Un petit extrait de cet article du blog de Frédéric Lordon, dans lequel il plaide pour un retour au Franc (ou à “l’eurofranc”)
“Plusieurs personnes, dont Jacques Sapir, avaient plaidé à l’époque pour une monnaie commune, seule convertible contre les devises extra-européennes, par rapport à laquelle les monnaies européennes auraient reçu chacune une parité de départ, mais révisable selon, non pas des mécanismes de marché (systématiquement désordonnés et incapables de produire à chaud le moindre ajustement smooth) mais des processus de négociations politiques (à l’unanimité ou à la majorité très qualifiée, avec contreparties à l’autorisation de dévaluation d’un des membres, etc.). Les monnaies nationales auraient fonctionné en gros comme des dénominations de la monnaie commune européenne, mais – et c’est une différence immense – des dénominations aux taux politiquement ajustables. C’est ce mécanisme qui fait cruellement défaut, et si les événements, aujourd’hui ou dans quelques mois, tournent à la décomposition complète du traité de Lisbonne avec obligation de tout refaire à neuf, c’est une telle idée qu’il faudra vigoureusement pousser.”
… mais également pour la monétisation des dettes publiques…
“Que peut-il se produire au moment où les gouvernements européens prendront conscience de leur stratégie des Danaïdes et jetteront l’éponge ? À supposer qu’il s’obstine à rester dans l’euro en continuant de payer la dette, alors que le marché des capitaux lui sera fermé pour de bon, et privé d’une banque centrale nationale qui pourrait lui prêter directement, le gouvernement grec pourrait tout à fait en venir aux assignats : il émettra lui-même du papier pour payer ses dépenses en excès sur ses recettes. C’est bien ce que les provinces argentines ont fait au début des années 2000 (patacones)… et ce que fait la Californie depuis 2009 ! L’État de Californie, en effet, paye en partie ses fonctionnaires avec des bons à terme, appelés IOU, portant intérêt et convertibles en cash à des échéances qui dépendent d’ailleurs de l’état de la trésorerie…”
À n’en pas douter, comme un signe de grande santé, cette mesure fera très bonne impression sur l’opinion des marchés… Comme, entre temps, la situation du Portugal et de l’Espagne – mais il serait utile également de se souvenir qu’existent des pays-modèles comme l’Irlande, le Royaume-Uni… et les États-Unis dont les situations de finances publiques ne sont pas beaucoup moins pourries que celle de la Grèce – la contagion, à l’inverse de la guerre de Troie, aura bien lieu ! Que peut-il se passer à ce moment là ? Il n’y a pas trente six solutions : seul le prêteur en dernier ressort a la capacité de sauver le système : la banque centrale. C’est bien elle qui est intervenue pour régler le problème des dettes bancaires privées. C’est elle qui devrait intervenir pour régler le problème des dettes publiques consécutif au problème des dettes privées. À ceci près que le divin traité l’interdit ! Sauver la finance privée, c’est autorisé. Sauver les finances publiques, non.
En 2005, grande année constitutionnelle, il ne fallait pas dire tout ça, c’était archaïque et égoïste. On ne sait pas si les ravis européistes d’alors trouvent le spectacle d’aujourd’hui moderne et altruiste, mais il va falloir qu’ils se fassent à l’idée un peu douloureuse que ce qu’ils ont défendu sous la promesse de donner leur sang était défectueux dès le départ, et que tout va partir en morceaux, avec l’éventualité d’être refait mais sur des bases absolument contraires à celles qu’ils avaient déclarées sans alternative. En particulier celle-ci : la BCE doit pouvoir prêter directement aux États.
André-Jacques Holbecq
Lordon:  https://blog.mondediplo.net/2010-02-17-Au-dela-de-la-Grece-deficits-dettes-et-monnaie
Lire aussi: Un autre article très  récent de Lordon:  https://www.robin-woodard.eu/spip.php?article1033
Qui est Lordon  ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Lordon

Pas de réponses

  1. A-J Holbecq dit :

    Bonjour
    – 1 – il faut quitter l'euro "monnaie unique" pour une monnaie "euro commun" dans lequel les monnaies nationales (et j'aimerais que cette monnaie nationale puisse avoir une utilisation sociétale) auront une parité fixée par des négociations politiques et non par les marchés (ainsi que le propose F. Lordon)
    – 2 – à partir de là nous pourrons "re-monétiser" notre dette publique en transférant les titres de dette à notre Banque de France, sur une quinzaine d'années (donc sans risque d'inflation)
    – 3 – conséquences: un "euro-franc" plus "compétitif" (que je n'aime pas ce terme!) à l'export et donc en terme de création d'emplois, et surtout 40, 50 ou 60 milliards d'euros (ou plus si les taux augmentent) utilisables en plus chaque année , c'est à dire les intérêts de la dette qu'il ne faudra pas payer.

  2. annie dit :

    Je viens de regarder les news sur le télé Irlandaise (rte)….aucun sentiment de révolte dans la population…les journalistes appliquent la méthode coué….alors qu’on annonce un 4ème plan de rigueur de + de 4 milliards d’économies (pour un pays de 4 millions d’habitants c’est énorme) plan de rigueur qui va encore un peu plus tuer la non croissance actuelle….payer ‘ses’ dettes (en fait celles de jeux de casino des banques)c’est normal c’est tout ‘à notre honneur’ dit sans rire le premier ministre…trop beau comme pays pour les banksters de la city non?On dit qu’il y a beaucoup de moutons en Irlandre mais je pense que c’est 4 millions de moutons carrément…on leur dirait demain votre salaire est diminué de 50 pct …ben ok …pas de souci c’est un ‘sacrifice’ nécessaire…..je trouve cela assez incroyable..je pense surtout que la population ny comprend plus rien….ils sont même bien capables de revoter pour les mêmes partis qui les ont conduit vers une telle débacle…on sable le champagne dans la city ce soir..aucun actionnaire ne perdra un cent…c’est le principal non?

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