De nouveaux indicateurs de richesse

Un travail en profondeur sur les indicateurs de richesse et les monnaies complémentaires est réalisé par le collectif richesses animé par Patrick Viveret.

Je vous en recommande vivement la lecture, de même que la nouvelle mouture du site de Philippe Derudder.
En effet, il est urgent de nous approprier (ou de nous les réapproprier!) ces questions monétaires et de passer à la pratique, car l’effondrement du système monétaire international semble se rapprocher à vitesse V !

Résumé du Cahier d’espérance « Richesses – monnaies ».

Version du 20 mai 2011

Indignations, argumentaires.

Notre système est marqué par la place démesurée et centrale prise par la sphère économique et financière et, plus largement, par « la richesse matérielle (et en particulier monétaire) à tout prix » et la recherche du profit à court terme dans l’intérêt de quelques uns.
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la production de biens et de services, mais de la remettre en perspective (pour quoi ? pour qui ?), « de donner à l’économie toute sa place, mais juste sa place ».
Ce chapitre du cahier a ainsi pour objectif d’ouvrir vers une prise de conscience des répercussions sociales et environnementales induites par un système basé sur une croissance économique et financière aveugle, et vers la compréhension de comment le cadre sous-jacent à ce système nous enferme dans sa logique et empêche de véritables changements.

Des inégalités croissantes

A l’heure où la crise financière révèle au grand jour la démesure d’un modèle économique centré sur le profit, le creusement exponentiel des inégalités sociales atteint des sommets au-delà de l’acceptable et même de l’inacceptable.
On ne peut pas dire que la croissance économique et monétaire entraine bien-être pour tous et répartition équitable des richesses.
La croissance économique au détriment du bien être social.
La richesse d’un pays est vue à l’aune de sa seule croissance économique (dont le Produit intérieur brut est l’indicateur phare), et cette croissance comme « solution à tous nos maux » est une croyance plus que jamais répandue, en dépit des « repentirs » récents des institutions et acteurs économiques internationaux…
Mais plus, c’est mieux que quoi ? En tout cas, la croissance économique ne s’accompagne pas d’une amélioration des conditions de vie pour tous. Quand arrêtera-t-on cette course éperdue pour se recentrer sur les fondamentaux du bien-vivre pour tous

La crise écologique

La façon dont on produit et on consomme est en décalage total avec la finitude de notre environnement. La démesure de notre modèle de développement met en péril l’écosystème planétaire et l’enjeu écologique est un enjeu majeur.
Une approche de la richesse et de la croissance qui entrave tout changement dans nos modes de production.
Le progrès et la richesse d’un pays sont aujourd’hui mesurés à l’aune de la croissance du Produit Intérieur Brut. Mais cet indicateur, qui mesure la croissance économique, ne porte aucun regard sur la nature de ces productions, ni sur la manière dont elles sont produites, y compris lorsqu’elles sont source de dégâts écologiques et sociaux.
La suprématie de la monnaie au détriment même de l’activité économique.
La monnaie – hissée au rang de « bien supérieur »- est devenu l’objectif premier. L’accumulation de la monnaie devient une fin en soi, jusqu’au détriment même de l’activité économique.
La crise financière que nous subissons depuis 2008 a mis au grand jour les conséquences sociales drastiques de l’emballement d’un système organisé au profit des acteurs des marchés monétaires et financiers et systémiquement instable. Mais tout semble reprendre son cours, après que les Etats ont mis en œuvre le « sauvetage » des banques, au nom du principe « too big to fail » (principe du « trop gros pour tomber », en ce que leur faillite entrainerait la chute de l’économie toute entière).
La création monétaire, et le pouvoir qui va avec, aux mains de qui ?
La monnaie est l’outil qui facilite les échanges de biens et de services, le « médium » qui irrigue les échanges économiques. Mais on se pose bien peu souvent la question du fonctionnement de cet outil monétaire.
Privilégier des échanges économiques au service de l’homme et respectueux de l’environnement suppose alors de s’intéresser à cet outil monétaire, à sa création et à sa circulation, en ce qu’il est « capable » de diriger et d’orienter les échanges, et de redonner à la société civile le pouvoir de contrôle de la création monétaire.

Initiatives

Edgar Morin, dans son dernier ouvrage « La voie » nous indique « Tout est à réformer et à transformer. Mais tout a déjà commencé sans qu’on le sache encore. Des myriades d’initiatives fleurissent un peu partout sur la planète. […] ».
Il nous alerte également « Les réformes sont solidaires. Elles ne sont pas seulement institutionnelles, économiques, sociales, elles sont aussi mentales […] réforme de l’esprit […] réforme de pensée. »
Quand on remet en cause la notion de richesse – et par là le cadre, les logiques qui structurent non seulement nos échanges économiques, mais l’ensemble de notre société, dans sa culture, son organisation et son fonctionnement, dans « ce qui compte » pour chacun d’entre nous, et en fin de compte, qui oriente, souvent inconsciemment, notre façon de vivre et de « faire société » – il est clair que les changements touchent des registres divers, il s’agit véritablement d’un changement de « logique interne ».
Il est à l’œuvre.
Ce cahier, modestement, prend le pari de s’intéresser à un registre particulier – en réponse au pari lancé par les État Généraux sur le modèle économique dominant et la nécessité d’en changer. Ainsi, cette première version du cahier s’articule autour d’initiatives qui mettent en œuvre explicitement une réorientation de l’activité économique de par les outils employés.
Prendre conscience, avoir accès à l’information pour comprendre le système, construire de nouvelles représentations de la richesse, transformer nos représentations du monde….
Mettre en place de nouveaux indicateurs, de nouvelles boussoles qui puissent véritablement guider politiques publiques et activité économique en les « indexant » sur d’autres critères que seulement celui de la croissance économique aveugle (produire toujours plus) ou de la rentabilité à court terme.

Dans le domaine de la monnaie :

Bien sûr, travailler sur une meilleure répartition de la richesse existante, en particulier au travers de la question des inégalités de salaire (et entre salaire et capital) et de justice fiscale.
Bien sûr, promouvoir une meilleure utilisation de la monnaie et des outils existants, en termes d’épargne et financement d’activités. Des cahiers d’espérance ont été proposés qui abordent cette piste dans le cadre du groupe « Epargner, financer ».
Il y a aussi notre pouvoir en tant que citoyen consommateur, qu’il ne faut pas négliger (sinon, pourquoi tant de millions seraient dépensés en publicité ?). De plus en plus de personnes ne veulent plus se contenter d’acheter des biens « au meilleur prix », mais se tournent vers les produits bio, éthiques, équitables. Ce faisant, ils privilégient les entreprises qui prennent en comptes ces critères dans leur activité (« au détriment » d’une rentabilité économique maximale) et le développement d’un autre modèle économique. Des cahiers d’espérance ont été proposés qui abordent cette piste dans le cadre du groupe « Consommer, se nourrir » par exemple
Mais également se réapproprier cet outil qu’est la monnaie pour au travers de la création de monnaies sociales et complémentaires.
Enfin, repenser la question de la création monétaire et du contrôle de l’outil monétaire par les citoyens.
Voir par exemple, la proposition du comité de veille de la Fondation pour la Nature et l’environnement « Financer l’avenir sans creuser la dette » (coordonné par Alain Grandjean).

Les initiatives présentées dans ce cahier :

Changer nos représentations sur la richesse.
Le monde tel qu’il est aujourd’hui est une réalité inventée, construite par les humains au fil du temps. La façon dont les sociétés comptent et représentent leurs richesses fait partie de ces constructions humaines qu’il est possible de changer.
Construire une nouvelle représentation de la richesse n’est certainement pas seulement une question technique.
Il est essentiel que chaque citoyen se mobilise pour s’informer, questionner, se questionner, imaginer, et ce faisant reconstruire collectivement une autre vision du monde.
Théâtre : Les contes de la Richesse
Sensibilisation : Parcours PID
Le chantier Richesses en Pays de la Loire.
De nouveaux indicateurs de Richesse.
Changer de boussoles, s’appuyer sur des indicateurs capables d’évaluer les politiques publiques et les activités économiques sur d’autres critères que la seule performance économique et financière du territoire, du pays, de l’entreprise.
La réflexion sur les indicateurs est en cours depuis plusieurs années, et nombre d’indicateurs « alternatifs », « complémentaires au PIB » existent déjà.
Plusieurs initiatives ont été lancées en France ces dernières années, en particulier au niveau des Régions et Conseils Régionaux, afin de se doter d’autres outils d’évaluation des politiques publiques. Nous en citerons trois, pour exemple.
Des réflexions sont également en cours au niveau micro-économique, celui des entreprises, afin de compléter les outils d’évaluation de l’activité au delà de la seule comptabilité économique.
Ce Chapitre s’appuie sur les articles et exemples cités dans le fascicule « La richesse Autrement », Hors série Alternatives économiques N° 48, Mars 2011, élaboré par le Collectif FAIR (Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesse), et sur les travaux des membres de ce Collectif.

De nouveaux indicateurs ?

Une diversité d’initiatives
Le programme Indicateurs 21 en Nord-Pas-de-Calais
Le projet Isbet en Bretagne.
Le chantier Richesses en Pays de la Loire.
Au niveau des entreprises

Monnaies Sociales et Complémentaires.

Face aux dysfonctionnements du système, les monnaies sociales complémentaires apparaissent comme un outil pour promouvoir d’autres types d’échange, des « échanges qui ont du sens », et les initiatives se multiplient. L’enjeu est alors qu’elles puissent être vecteur d’un autre modèle de développement économique : forcément solidaire et inclusif, au service de tous et de la transformation du territoire.
Ou, dit autrement, comment cet outil peut nous aider à privilégier et développer un autre modèle économique, résolument social ?
Pourquoi des monnaies sociales et complémentaires ?
Se repérer dans le foisonnement d’initiatives.
Présentation de quelques initiatives.
Les initiatives présentées ici concernent toutes des monnaies à vocation économique : développement économique local, développement de l’économie sociale et solidaire, etc…. dans l’idée de répondre à l’interrogation posée par les États Généraux de l’ESS : quelles pistes pour développer un autre modèle économique ?
Ceci étant, et nous le répétons sans cesse dans ce cahier, l’économie ne peut être dissociée du reste, du modèle de société qu’elle participe à construire. En ce sens, il serait sans doute plus juste de parler de monnaies à vocation
Le Chiemgauer/ Allemagne (Bavière)
La vocation du Chiemgauer est principalement celle du développement de l’économie régionale, mais son action est plus large, et contribue à un changement de comportements et un autre type de développement.
Le WIR, en Suisse.
Le cercle de coopération économique WIR est né, en Suisse, en 1934, afin de lutter contre les effets de la dépression sur les petites et moyennes entreprises (PME) faisant suite à la crise économique et monétaire des années 30. Son objectif est ainsi de promouvoir et de soutenir les PME.Actuellement en Suisse, une PME sur 5 utilise le WIR.
Le Palmas
La Monnaie Sociale Palmas est une des composantes d’un dispositif intégré de développement de l’économie solidaire et de développement local au Brésil (Fortaleza, quartier Palmas). L’idée centrale est celle du soutien d’activités génératrices de travail et de revenu, répondant aux besoins de la population, par le soutien simultané à la production et à la consommation.
Le SOL
Le SOL, lancé en France sous forme expérimentale en 2005, pourrait se décrire comme une « boite à outils » monétaire : levier pour une économie écologique et sociale, échanges temps, comportements solidaires, monnaie affectée… Les avoir sous un même projet permet d’imaginer des interactions entre elles, et de construire un outil monétaire qui s’intéresse aux différentes facettes de nos échanges.
L’Abeille
L’abeille est une expérimentation de monnaie complémentaire lancée dans le Villeneuvois par l’Association « Agir pour le vivant », dans l’objectif de redynamiser l’économie locale en favorisant des échanges commerciaux de proximité et respectueux de l’environnement

Pour changer d’échelle

Construire le trépied du REV
Face à la crise, c’est en effet l’enjeu de la réappropriation démocratique de la création monétaire et d’une autre approche de la richesse centrée sur la valeur ajoutée écologique et sociale qui est décisive. Il s’agit, dans le domaine de la richesse et de la monnaie, de construire le trépied du REV (résistance, expérimentation, vision) : résistance créative face à la privatisation de ce bien public essentiel qu’est la monnaie, vision transformatrice d’un système monétaire mondial au service d’un développement humain soutenable, d’un modèle de société solidaire et inclusif, et expérimentations anticipatrices de nouveaux indicateurs de richesse et de mise en œuvre de monnaies solidaires à valeur ajoutée écologique et sociale en alliance avec des collectivités territoriales.
Prendre conscience.
« Pour résoudre un problème, il faut changer l’état d’esprit qui l’a créé ». Albert Einstein.
Monnaies sociales et complémentaires, trois pistes pour leur développement.
Les monnaies sociales et complémentaires peuvent aider l’ESS à franchir des sauts qualitatifs dans trois directions :
Monnaies : conditions de développement, bonnes pratiques.
Les initiatives de monnaies sociales et complémentaires sont diverses, tant dans leurs objectifs (efficience économique, conscientisation, solidarité / social, consommation durable…), leur « architecture monétaire » (adaptée à ces objectifs), que dans les moyens mobilisés et démarches mises en place.
Cependant, au-delà de cette diversité, on note que les praticiens des monnaies sociales et complémentaires sont tous plus ou moins confrontés à de mêmes résistances (collectives, lobbyistes, orthodoxie, (re)connaissance, légalité, etc.), et ce, à différentes échelles (de territoire, d’action, de moyens, etc.).Résistances qu’il s’agit de dépasser, pour réussir un saut d’échelle, au nom des potentialités qu’offrent ces nouvelles dynamiques mnétaires.
Nouveaux indicateurs : conditions du développement, bonnes pratiques
Les indicateurs permettent de donner à voir, mettre en relief, des compétences, des richesses, des valeurs, des mécanismes, qui participent de la création ou de la destruction (de l’appauvrissement parfois) de richesses, de démontrer les impasses, les inégalités et injustices, de permettre évaluation et orientation des activités économiques et des politiques publiques d’un territoire.
L’enjeu central dans le développement de ces démarches est celui de la réappropriation, par l’ensemble de la société, de la définition des indicateurs et des valeurs qui les sous-tendent. Ensuite, il s’agit de voir quelles sont les pistes, les modalités concrètes, pour que ceux-ci puissent être pris en charge en termes de politiques publiques.
Découvrez la bibliogrpahie des éditions Yves MICHEL très en pointe sur les questions monétaires.

Pas de réponses

  1. e-affacturage dit :

    Les indicateurs de richesse sont en eux mêmes un signe de ce qu'une société se fixe comme valeur suprême ou référence. Dans un modèle capitalistique, les indicateurs sont forcément en référence avec la création de richesse, la production de biens et de services. ce sont donc principalement d'abord ces références qui doivent changer pour que les indicateurs soient différents et induisent des comportements différents…

  1. 24 octobre 2011

    […] en l’agrémentant de points de vue sur la crise, la valeur, les nouveaux paradigmes : « De nouveaux indicateurs de richesse » () et « Tour du monde en 80 monnaies […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.