Jean-Louis Nadal : "On a défiguré la justice" !

Découvrez cet interview du procureur Jean-Louis NADAL, c’est atterrant, mais très vrai, je peux en témoigner !

et quand un pays perd sa justice, je veux dire que ses administrés n’ont plus confiance en leur justice, on bascule dans un gouffre. Je me permettrai d’ajouter plusieurs remarques à ce point de vue de l’ancien Procureur général près la Cour de Cassation, qui parle, lui, du dedans:

  1. dans mon métier, l’édition, on a de temps à autre des procès; jusqu’à 1996, je les ai tous gagnés, peut-être sur fond de ma rigueur; puis, à partir de cette histoire de sectes montée de toutes pièces, je les ai tous perdus, avec des remarques de mes avocats du genre: »on a jamais vu ça, on ne comprend pas… ». Mon analyse après 15 ans est que la justice française est noyautée par certaines mafias, des listes noires y circulent, avec des critères très différents de ceux du droit !
  2. je constate que les grands de ce monde, entre autres en France, sont très souvent exonérés de toute responsabilité, la justice est aux mains des gouvernants, elle a de moins en moins de moyens pour agir de façon efficace, mais elle condamne toujours sévèrement les citoyens de base ! Vous vous souvenez des « cahiers de doléances » rédigés avant la Révolution française ? J’abonde tout à fait aux propos de Nadal !
  3. dans le domaine de la lutte contre les dérives sectaires, j’affirme que ces campagnes sont totalement disproportionnées avec le danger réel, ainsi qu’en témoignent tous les sociologues qui ont travaillé sur ce domaine, et ainsi qu’en ont témoigné les responsables de divers ministères interrogés par l’enquête parlementaire sur ce sujet (entre autre sur le nombre d’enfants menacés, lequel varie entre 60 000 dans la bouche de M. Fenech, et 8 dans celle des responsables des ministères !). Très étonnant aussi, le renouvellement de M. Fenech à la tête de la MIVILUDES, lui qui traîne un nombre impressionnant de « casseroles » judiciaires. Et aussi navrant, l’irresponsabilité juridique votée récemment aux membres de cette Miviludes qui se permet toutes les libertés avec le droit le plus basique… J’affirme que c’est une niche électoraliste et clientéliste bien juteuse pour certains candidats et certains journaux.
  4. je suis donc très amer et pessimiste, en tant que citoyen, en tant qu’élu municipal, en tant qu’acteur sociétal, face à certains pouvoirs occultes, tels l’Opus Dei et certaines franges de la Franc-Maçonnerie…

Bon, je vous laisse en bonne compagnie de Nadal !

EXCLUSIF. Jean-Louis Nadal : « On a défiguré la justice »

Créé le 07-03-2012 à 12h37 – 

Agathe Logeart

Par Agathe Logeart

Pour la première fois, l’ancien procureur général près la Cour de Cassation dénonce « le climat des affaires »et un « sentiment de corruption publique »

Jean-Louis Nadal, rpocureur général près la Cour de Cassation. (Le Nouvel Observateur)

Jean-Louis Nadal, rpocureur général près la Cour de Cassation. (Le Nouvel Observateur)

Mots-clés : justice, Jean-Louis Nadal, Sarkozy, affaires, corruption, juges

(Extraits de l’interview de Jean-Louis Nadal, publiée dans « le Nouvel Observateur » du 8 mars 2012)

Pourquoi parler aujourd’hui ?

J’ai été magistrat pendant quarante-quatre ans. J’ai vu, compris beaucoup de choses. Aujourd’hui, libéré de mon obligation de réserve, j’ai choisi de dire ma vérité. On nous avait promis la rupture ? Elle a bien eu lieu : on a rompu effrontément avec les principes fondateurs de notre justice républicaine. Désormais, la situation s’est tellement dégradée qu’il faut s’atteler à une restauration de l’Etat de droit. Le chantier est immense […] La justice se trouve dans une souffrance sans précédent. Cela n’a que trop duré […] Au cours de ce quinquennat, incontestablement, le climat des affaires donne un sentiment de corruption publique, d’impunité, où la justice est invitée à servir plutôt qu’à faire place à la vérité […] On assiste à une volonté de protéger les personnalités visées de toute investigation objective. Combien de fois a-t-on entendu d’importants personnages mis en cause déclarer : « ?Le dossier est vide, je n’ai rien à me reprocher? », et être systématiquement confortés par le pouvoir ? C’est insoutenable.

Vous faites allusion à Eric Woerth et à Christine Lagarde ?

Pensez ce que vous voulez […] Mais jamais auparavant on n’a assisté à une telle instrumentalisation politique de la justice. A cet égard, le bilan de ce quinquennat est affligeant et a trop souvent conduit certains à se préoccuper de ne pas déplaire plutôt que de faire leur travail […] Nicolas Sarkozy avait annoncé une République exemplaire. Où est-elle passée ? En dix ans de pouvoir quasi absolu, la majorité sortante s’est évertuée à saper les bases de notre contrat social. Pas besoin d’être un expert pour voir que certaines réformes désastreuses, certains comportements partisans, certaines nominations et certaines affaires scandaleuses défigurent la justice. Je pense en particulier à la situation difficile qui est faite aux magistrats en charge des différents volets de l’affaire Karachi. Ce qui s’est passé au tribunal de Nanterre me remplit aussi d’une gêne profonde.

Vous parlez du procureur Philippe Courroye.

Je le connais bien. Nous avons travaillé ensemble à Lyon. Il était alors un magistrat instructeur d’une exceptionnelle qualité. C’est dommage, vraiment. Pour lui, pour la juge Isabelle Prévost-Desprez, pour la juridiction tout entière. Cela donne une image de la justice qui ne peut pas rassurer le peuple. Je n’en dis pas plus, ces affaires sont en cours. Mais cette situation particulière de Nanterre intervient alors qu’on assiste plus généralement à une dégradation des principes. Alors que la justice doit être insoupçonnable, tout a été fait pour la réduire, la contourner, la dévaloriser […]

Vous dénoncez les atteintes à l’indépendance des juges.

Bien sûr. Quand certains s’élèvent contre « un gouvernement des juges », je m’insurge. Ce que je rejette, c’est un pouvoir qui gouverne les juges ! De même, il faudra bien, c’est le sens de l’histoire, que le parquet lui aussi soit indépendant. Cela passe par une réforme du Conseil supérieur de la Magistrature et de sa composition. Il n’est pas convenable que les nominations continuent à être dans la main des politiques […] Il faut rétablir un Etat impartial et ramener la sérénité dans une institution maltraitée comme jamais. Je le sais. Je l’ai vécu. Quant à la Cour de Justice de la République, chargée de juger les ministres pour les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions, elle aussi il faudra la réformer. La formation de jugement – des parlementaires – fonctionne comme un club. Ce n’est pas la peine de sortir des affaires lourdes et de les voir ainsi jugées. Le citoyen n’y croit pas. Il faudra réfléchir à revenir au droit commun. Il est indécent qu’il existe deux justices : une justice pour les petits que l’on enfonce et une justice pour les puissants que l’on protège.

Vous avez été membre du cabinet de Robert Badinter et avez, depuis, été catalogué à gauche.

[…] Oui, je suis un homme de gauche. Et alors ? Jamais la justice n’a été aussi meurtrie, et je souhaite que cela cesse. C’est le sens de mon engagement. Aujourd’hui, c’est François Hollande qui est le candidat et porte les couleurs de la gauche. Je souhaite qu’il gagne. Et qu’il rétablisse, dans le respect des institutions, un Etat fort. Un Etat fort : lui, il a la légitimité pour le dire.

(Lire l’intégralité de l’interview de Jean-Louis Nadal dans « le Nouvel Observateur » du 8 mars

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