Lettre aux citoyens indignés par les turpitudes des financiers et des puissants, par Claude Neuschwander

Lettre aux citoyens indignés par les turpitudes des financiers et des puissants.

Lettre N° 1

Les révoltes des peuples grec, espagnol ou italien devant les politiques punitives que les puissants de ce monde veulent leur administrer sont bien compréhensibles, tout comme les manifestations des « indignados » dans les autres pays qui voient leurs avenirs compromis par les manœuvres et les malhonnêtetés des financiers et des puissants.
Car, pour l’essentiel, la Grèce a été mise en déséquilibre par les désordres successifs des dominants en place: les Grecs qui ne payent pas d’impôts, pas plus que l’Eglise, ceux qui pratiquent la corruption sur une grande échelle, les politiques qui se sont refusés à gérer le pays et à l’organiser de façon responsable, les responsables européens qui n’ont pas été capables de voir qu’un pays membre de la zone euro connaissait une dérive financière mortelle, inspirée par des banquiers américains au sens ultra libéral du terme, dérive devant laquelle il aurait fallu aussitôt réagir… Ce déséquilibre a été accentué par les conséquences de la rigueur excessive, imposée par le F.M.I., rigueur absurde qui achève de casser les ressorts de la croissance et rend, de ce fait, toute sortie de crise impossible. Les mœurs du système actuel de gouvernance de notre société s’avèrent décidément intolérables et les Indignés de tout poil ont bien raison de vouloir les remplacer par d’autres, plus justes, plus humaines et plus démocratiques.
Deux remarques à propos des mœurs actuelles :
    Si les « marchés », comme on dit, imposent à un nombre croissant de pays, des taux d’intérêt insupportables, à deux chiffres, c’est justement afin de se prémunir d’un éventuel défaut de paiement : ce qui signifie, à l’évidence, qu’ils anticipent l’éventualité de cette perte ; qu’il est donc normal  qu’elle puisse se produire et qu’en conséquence les financiers doivent accepter l’hypothèse de devoir abandonner la majeure partie de leurs créances.
    La seconde remarque, pour souligner que les banques centrales des pays industriels ont longtemps eu pour habitude de gérer elles-mêmes leurs besoins de financements, en faisant imprimer la monnaie nécessaire par leur banque centrale et en la garantissant, en partie du moins, par leur stock d’or. C’est le développement du libéralisme sans limite qui a amené les gouvernements à modifier leurs habitudes dans l’intérêt des financiers et à s’adresser aux marchés avec les inconvénients que cela comporte : taux d’intérêt usuraires pour certains, chantage et tentatives de déstabilisation pour tous….

Une série de crises interminables, au cœur du libéralisme.

Mais les peuples dans leur ensemble, c’est à dire aussi bien les citoyens qui subissent une misère proprement insupportable de nos jours, que les classes moyennes sur lesquelles reposent, un peu partout, l’effort principal du redressement, acceptent de moins en moins bien que les « financiers spéculateurs » de tout poil, qui ont créé, quasiment de toutes pièces, la crise actuelle avec son cortège de chômeurs, de familles ruinées, de situations de précarité, continuent, malgré leur responsabilité effroyable, à amasser de l’argent, plein d’argent et à exercer, eux ou leurs complices, le pouvoir, plein de pouvoirs….Et qu’ils ne se trouvent jamais dans l’obligation de rendre le moindre compte quant aux conséquences de leurs imprudences et à leur irresponsabilité globale.
Cette contagion du mécontentement gagne, peu à peu, l’ensemble de la planète : à partir du 17 mai los Indignados ont occupé la Puerta del Sol à Madrid pendant plusieurs semaines, suivis ensuite par des cortèges de manifestants, criant leur colère et leur révolte, en Grande Bretagne, près de la City, en Italie, à New York, devant Wall Street, et dans bien d’autres endroits autant prédestinés, et même en Israël… Ce mouvement est naturellement entretenu d’un côté par les progrès de la misère, et soutenu de l’autre par les communautés de Hackers qui mettent à la disposition du mouvement les moyens de leur technologie : les financiers spéculateurs ne semblent pas avoir pris la conscience de ce que leur égoïsme inouï est en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis et que, par leur inconscience, ils accumulent des paquets de bâtons de dynamite sous les sièges de  leurs établissements financiers !  Ont ils conscience de se trouver dans la situation des aristocrates français dans les derniers mois de 1788. Ne faudrait-il pas les avertir de ce qui les attend ?

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