Nicolas Hulot pose la question: comment « Financer l’avenir sans creuser la dette? »

Un texte sur le blog Finanbulles le 04 avril 2011
Oyez, c’est officiel : Nicolas Hulot aprésenté sa candidature face à Eva Joly. Du rififi en vue chez Europe Ecologie-Les Verts.  Mais enfin, en quoi cette nouvelle intéresse Finanbulles ? Et bien Nicolas Hulot saisit les questions économiques et financières à bras le corps ! En effet, sa fondation a mis en place un « think thank », comme on dit, pour réfléchir à ce problème épineux : « Financer l’avenir sans creuser la dette ».
Un groupe d’experts a bûché sur la question et a rendu un rapport qui analyse la situation actuelle et préconise des solutions. Un débat avait lieu mercredi dernier, à l’initiative de la fondation Nicolas Hulot, sur les pistes qui y sont évoquées. Finanbulles y était avec son stylo et son cerveau. C’était la surchauffe car les interventions étaient de haute volée mais voici ce que j’ai compris !
Présentation en deux parties:
1) Les constats: vous verrez, si le rapport reprend des faits que nous connaissons, il en a une analyse intéressante que je n’avais pas encore lue.
2) Les solutions et ses limites
NB: à la fin de chaque partie, je vous ferai un petit décryptage!
PREMIERE PARTIE: LES CONSTATS
«Notre modèle de développement se révèle intenable car il mine les conditions mêmes d’existence de l’humanité ». Telle est la première phrase du rapport. La planète a ses limites et notre consommation de biens est effrénée. L’heure est au changement de comportements et aux décisions salutaires. Il faut lutter contre notre folle dépense énergétique, développer les énergies renouvelables, former les hommes aux métiers de la croissance verte et restaurer les éco-systèmes. Bref, il faut sortir du schéma actuel pour en adopter un plus soutenable. Il faut donc financer une période de « transition » afin de sortir de notre système et créer un mode de vie plus vert. Or, notre modèle économique et financier n’est pas prêt pour cette révolution et les caisses des Etats sont vides. Pourquoi ?
– L’hypertrophie de la finance : depuis les années 80, les Etats n’ont de cesse de déréguler l’économie et les marchés financiers. Ce faisant, ces derniers ont pris une place prépondérante dans le financement de nos économies .
– Face à la crise, les Etats ont réagi de manière exceptionnelle: pour sauver les marchés, les Etats sont allés à l’encontre de tous les principes qu’ils avaient appliqués jusque-là. Ils ont adopté une politique interventionniste à l’opposé de leur discours libéral. En Octobre 2008, ils ont puisé dans leurs propres deniers 7000 milliards de dollars pour sauver les banques puis, début 2009, ils ont mobilisé 2 800 milliards de dollars dans des plans de relance.
Ils ont donc réagi de manière non-conventionnelle pour sauver notre système économique et financier.
– Alourdissement de la dette publique : non seulement, ces mesures exceptionnelles n’ont pas été suffisantes pour redresser nos économies plombées par la récession mais elles n’ont fait qu’alourdir les comptes publics. Résultat : les dettes de nos Etats explosent et, en plus, leur capacité d’emprunt est remise en cause par les marchés. Conséquences : les marchés ne prêtent de l’argent qu’à des taux d’intérêts élevés et ce faisant, ils contribuent à creuser encore plus la dette publique.
– La crise économique, écologique et sociale demande des investissements à long terme que sont incapables d’honorer les marchés financiers. Ceux-ci exigent des rendements à court terme ou moyen terme. Or, les investissements écologiques (comme l’isolation des bâtiments) ne génèrent des bénéfices qu’au bout de quelques années, ce qui est beaucoup trop long pour les marchés. Dans ce contexte, il n’y a que les Etats qui peuvent être à l’origine d’investissements à long terme. Or, lorsqu’ils empruntent sur les marchés, le taux d’intérêt est si élevé qu’il peut atteindre jusqu’à la moitié de la somme empruntée !
Conclusion : alors que la situation est alarmante pour de nombreux Etats (tels la Grèce, le Portugal ou l’Espagne) et qu’elle est très difficile pour les pays membres de l’Union Européenne, les pays européens ont une réaction très conventionnelle: ils dressent des plans de rigueur ayant des répercussions néfastes pour leurs populations. Ils renouent ainsi avec l’attitude libérale prônée depuis les années 1990 : les Etats ne régulent pas les marchés et ils appliquent des politiques d’austérité pour pouvoir emprunter. Dans cette histoire, une conclusion s’impose : les Etats ont adopté des mesures exceptionnelles pour sauver leurs banques mais ils ne les prennent pas pour sauver leurs peuples.
Dès lors, se questionne le rapport, comment peuvent faire les peuples pour se sauver eux-mêmes ? Comment trouver des financements pour investir à long terme afin de sortir de la crise économique, écologique et sociale que nous vivons actuellement ?
Je trouve que ce constat est intéressant car il met en lumière deux points :
– La manière asymétrique dont les Etats ont réagi: lorsqu’il a fallu sauver les banques, tous ont répondu présents. Ils n’ont pas hésité à adopter des politiques interventionnistes, qu’ils récusaient jusque-là, pour puiser dans le porte-monnaie public et sauver le système financier. Aujourd’hui, alors que les dettes publiques imposent des plans de rigueur qui étranglent certains peuples, les Etats retrouvent leur attitude libérale et refusent de creuser les comptes publics. Doit-on en déduire que les Etats préfèrent sauver les marchés que sauver leur propre peuple ?
– Les Etats sont prisonniers des marchés concernant leur financement : depuis les années 90, les Etats n’ont plus que deux leviers pour se financer : les impôts et l’emprunt auprès du secteur privé. Avant, la France pouvait se financer auprès de la Banque de France, en échange de titres de dette. Elle était donc indépendante des marchés et empruntait à des coûts plus faibles. Aujourd’hui, notre pays est pieds et poings liés au bon vouloir des marchés. Le rapport prend cet exemple : si la France emprunte 100 milliards d’euros sur 20 ans à un taux d’intérêt de 4%, alors elle devra payer 45 milliards d’euros d’intérêt ! Près de la moitié !
Alors que propose le groupe de « think thank » rassemblé par le futur candidat Nicolas Hulot? La suite dans le prochain épisode… Quel suspens!
Et une inspiration en provenance de nos auteurs, notamment LA DETTE PUBLIQUE, UNE AFFAIRE RENTABLE, d’André-Jacques HOLBECQ

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