Relocalisation de notre industrie : une saine réponse à la crise

Le pouvoir de transformation du coronavirus :

un texte de Luc Dando, auteur visionnaire du livre : VERS UNE ECO-INDUSTRIE LOCALE

Vers une éco-industrie locale

Plusieurs niveaux de lecture de ces événements sont possibles :

Un niveau éveillant en nous la peur de mourir, la peur du voisin, la peur qu’il nous transmette ce dangereux virus… Ceux qui adhérent à cette seule vision sont convaincus que les choix du gouvernement sont les meilleurs pour protéger les français. Ils attendent la fin du confinement pour reprendre leur travail sans trop se poser de questions sur ce que dévoilent ces évènements.

Je ne partage pas ce premier niveau de lecture, sans bien sûr nier les risques sanitaires encourus. Je porte crédit aux positions prises par le professeur Didier RAOULT et son équipe, qui soulève aussi la question des perspectives d’un marché lucratif pour les laboratoires fabriquant un futur vaccin alors que la chloroquine tombée dans le domaine public depuis plusieurs décennies guérit si elle est administrée avant aggravation du cas(1). Un médicament tombé dans le domaine public rapporte beaucoup moins d’argent qu’un vaccin breveté. Le médicament n’est prescrit qu’aux malades très peu nombreux finalement. Le vaccin est administré à un très grand nombre, surtout s’il est déclaré obligatoire.

Une autre lecture me laisse penser que ces événements vont profondément déstabiliser notre système économique et dévoiler des malversations difficiles à cacher avec les réseaux sociaux actuels. Ceci éveille l’espoir de pouvoir participer à la création d’une nouvelle organisation sociale, celle que beaucoup d’entre nous attendent, faite de partage et d’équité. L’argent retrouverait sa fonction initiale de moyen d’échange, le bien être de tous les humains serait la finalité.

Ce virus marque pour moi le début d’une profonde prise de conscience : notre modèle économique capitaliste mondialisé, arrive à bout de souffle tant il est devenu nuisible à la vie et aux humains de cette planète. Ce virus n’est pour moi que la face visible de l’iceberg qui va continuer à émerger de la mer de l’obscurantisme. Depuis longtemps flotte en moi ce sentiment que nous devons changer ce système avant que la nature ne reprenne les commandes pour nettoyer ce qui la souille. Nous bénéficions en ce moment d’un rinçage des pollutions atmosphériques comme jamais nous n’aurions pu le faire par nous même, petits humains (2) :

 Dans le texte « monologue du virus(3) » publié dans lundi matin le 21 mars 2020

 citation :

  »  je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence. Je suis venu suspendre le fonctionnement dont vous étiez les otages. »

Et bien voilà, je crois que nous y sommes.  Ce n’est pas pour moi la fin du monde ni la mort de notre civilisation, mais c’est peut être la fin  » d’un monde » qui n’est plus supportable. C’est en tous cas une formidable opportunité de faire une pause dans notre course quotidienne, de stopper momentanément un travail, pour certains vide de sens, de vivre l’essentiel et de nous poser des questions existentielles. C’est le moment de nous interroger et de nous responsabiliser sur les valeurs que nous souhaitons voir exister dans ce monde et d’imaginer comment nous pourrions les mettre en place avec nos semblables. Cela peut aboutir à un nouveau référentiel de pensées permettant de remettre en cohérence nos aspirations profondes, nos discours et nos actes.

Bien sûr nous avons en ce moment plus que jamais des raisons de nous indigner des injustices de ce monde, de désigner qui sont les coupables, comme si nous n’y étions absolument pour rien. Nous regardons, impuissants, les souffrances actuelles que vivent le personnel soignant ne pouvant pas sauver des vies par manque de moyens humains et matériels dans nos hôpitaux, dont on nous a dit qu’ils devaient être rentables économiquement. Il y a tellement d’injustices à dénoncer. Les lanceurs d’alerte sont nécessaires, ils ouvrent les yeux de ceux qui n’avaient pas encore osé regarder les abus, les dénis de démocratie et autres injustices.  Cette position de  » manifestant contre  » induit aussi la difficile contrepartie des émotions d’agressivité et de haine que l’on cultive dans cette posture. Dans cette transition nous choisirons chacun notre place en fonction de nos sensibilités et des vieilles blessures de notre histoire que nous cherchons à guérir.

Personnellement je souhaite cultiver en moi des émotions d’ouverture, de pacification et de compassion. Je souhaite cultiver le respect et l’acceptation de mon imperfection et de celle des autres. Les émotions que nous cultivons génèrent nos états, ces états nous mettent en contact avec des situations qui y font résonnance, qu’elles soient de bien-être ou de peur. La peur que cultivent les médias depuis plusieurs semaines est beaucoup plus nuisible que le coronavirus, elle pousse encore plus loin une partie d’entre nous vers l’asservissement en les transformant en éponge à ce qu’il peut arriver de pire. C’est pourquoi je choisis de cultiver des émotions positives de joie, de légèreté et de confiance pour dynamiser ma capacité à œuvrer,  humblement et dans mes domaines de compétences, à la construction d’un autre modèle « socio-technico-économique ».

Il n’est pas impossible que nos monnaies se déstabilisent prochainement, ce qui serait préjudiciable à nos échanges commerciaux planétaires. Nous ferons alors l’expérience de la fragilité de notre économie mondialisée et nous en dépendons pour nos besoins de base (4 & 5). Notre économie libérale dont l’individualisme est la pierre angulaire, a imposé ses lois à tous les systèmes structurant nos sociétés : la production des biens matériels, les systèmes de santé ou plus exactement  » les industries de la maladie  » (6) , la production d’énergie, la production agricole, la production alimentaire, certains systèmes de retraite, la presse, etc ….

La construction d’un autre modèle

 La transition est amorcée depuis plusieurs décennies, peu après la déclaration du club de Rome en 1972. Elle s’est heurtée à un modèle économique qui l’a beaucoup ralentie. Plusieurs évènements, climatiques entre autres, et maintenant sanitaires accélèrent cette transition. Ce virus disparaitra dans quelques mois, mais il n’est pas souhaitable de continuer à fonctionner comme avant ces évènements. Les experts du GIEC, entre autres, nous prédisent depuis longtemps que notre planète ne sera bientôt plus respirable, que nous serons en pénurie d’eau potable, et verrons se multiplier les séismes et catastrophes climatiques, etc…

 Ne serait-il pas temps de reprendre le pouvoir sur notre vie, plutôt que de demander à nos dirigeants de nous donner plus de pouvoir d’achat(7). Cette demande constitue en elle même une délégation de pouvoir. Est-il encore réaliste de croire que nos dirigeants œuvrent pour l’intérêt collectif ? C’est maintenant à nous d’écrire la suite, car si nous la leur déléguons, ils n’écriront pas la même suite que nous, quelque soit les « manifs » que nous organiserons.

Je ne parle pas ici de faire une révolution mais de nous organiser collectivement et localement pour créer de nouveaux modes de vivre ensemble, afin de gagner en résilience sur nos besoins de base. Peut-être inventerons nous de nouveaux métiers, de nouvelles manières d’organiser nos échanges à partir d’une monnaie locale, nous pourrions aussi auto financer les investissements nécessaires à la vie de notre communauté locale. C’est le moment d’oser construire et d’oser vivre une autre réalité en raisonnant plus collectif que jamais. L’individualisme, cultivé depuis plusieurs décennies, assure au pouvoir pyramidal sa suprématie en évitant que de contre-pouvoirs locaux s’organisent.

C’est dans cet esprit que le concept   » d’éco-industrie locale  » est né. Il propose une alternative à la fabrication des objets de notre quotidien, non plus organisée au dessus de nous et loin de nous, mais par nous, localement et en accord avec nos valeurs. Après un important travail de terrain sur la région toulousaine depuis 2014, nous avons mis en sommeil les travaux de notre collectif en 2017. Il y avait un certain déphasage entre les valeurs que nous voulions faire prévaloir et celles des modèles entrepreneuriaux classiques soutenus par les institutions.

Parmi ces différences, nous remplaçons :

  • le profit individuel par le partage équitable entre toutes les parties prenantes,
  • l’individualisme par le faire ensemble,
  • la guerre de concurrence par le partage territorial pour la vente des produits fabriqués,
  • le pillage des ressources naturelles par la sobriété de prélèvements réfléchis et renouvelables,
  • le jetable par le réparable,
  • les secrets de fabrication et brevets par la mutualisation des moyens de production et des études produits, etc…

 

Je suis très confiant et même enthousiaste quant aux possibilités de mutations positives qu’incitent ces événements, ce virus n’en marque que le début. Des alternatives existent déjà dans tous les secteurs structurants de notre société : l’agriculture, l’alimentation, le logement, l’énergie, la monnaie. C’est le moment de rejoindre, de soutenir et de nous investir dans les secteurs qui nous parlent le plus. La fabrication éco-industrielle des objets du quotidien manquait encore, c’est la mission que se donnent les éco-industries locales et nous avons besoin de vous pour les mettre en place. Ces différentes alternatives associées sur un territoire, constituent un véritable projet politique de démocratie participative qui devient aujourd’hui à notre portée, saisissons les.

 » Nous devons réapprendre à faire ensemble, en prenant bien conscience que nous sommes tou(te)s interdépendant(e)s et qu’il n’y a de vraies valeurs que dans ce qui se partage.  »

(1) https://www.youtube.com/watch?v=K7g4WKoS_6U&feature=youtu.be

(2) https://www.forbes.com/sites/jeffmcmahon/2020/03/16/coronavirus-lockdown-may-have-saved-77000-lives-in-china-just-from-pollution-reduction/

(3) https://lundi.am/Monologue-du-virus

(4) Citation de  » Vers une éco-industrie locale «  page 23

Pour ne pas être à la merci d’un retournement grave de conjoncture économique, il est indispensable du produire localement les produits manufacturés de base dont nous avons besoin.

Un pays qui perd sa souveraineté industrielle sur les produits de première nécessité devient dépendant des pays producteurs et de l’équilibre économique international dont dépendent les échanges commerciaux. La France perd chaque jour un peu plus d’entreprises et de savoir-faire. En cas de krach financier ou autre défaillance monétaire, nous n’aurons plus les outils industriels pour fabriquer ce dont nous aurons besoin. Je ne crois pas qu’un savoir faire intellectuel, dans les hautes technologies, puisse compenser cette perte de souveraineté productive des besoins matériels de base.

(5) https://www.eco-industrie-locale.fr/static/files/nature-progres_n107_p18-20.pdf

(6) https://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/18/covid-19-fin-de-partie-305096.html#more

(7) https://medium.com/@al.romanet/et-si-le-monde-dont-nous-r%C3%AAvons-%C3%A9tait-en-chemin-cd54465c160e

 

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